lundi 11 juin 2018

Escape Game Laïcité au CDI

Dans le cadre du cours d'EMC, mes élèves de Terminale L (les T6L pour ne pas les nommer) ont réalisé un escape Game sur le thème de la laïcité. Nous avons été aidés par la professeure-documentaliste, Emmanuelle Mussi. Je vais décrire ici la démarche de conception, le jeu et les éléments didactiques qui sont derrière les énigmes et les dispositifs, mettre à disposition le matériel. J'espère que vous pourrez vous en inspirer (je pense que c'est adaptable avec un peu de travail).

La démarche de conception


Nous avons cours d'EMC une heure tous les 15 jours. Nous avons commencé par travailler la notion de laïcité et ses différentes formes, par réfléchir à l'impact de la laïcité ou de l'absence de laïcité dans la société. La forme de projet choisie a été l'escape game, même si les élèves n'en avaient jamais fait.

Note pour plus tard : faire jouer un escape game avant de commencer, ça leur donnera des idées !

Nous avons suivi la démarche proposée par le site S'cape

1ère étape : définir ensemble l'objectif pédagogique


- faire travailler le vocabulaire de la laïcité
- faire réfléchir aux différentes sortes de laïcité
- faire découvrir des supports de réflexion sur la laïcité (articles, livres, affiches)
- apporter des exemples concrets de l'impact de la laïcité dans nos vies.

2ème étape : le scenario

- début du scénario :


Il y a fort fort longtemps, les Hommes se sont fait la guerre autour de querelles religieuses. Aucune religion ne parvenant à dominer les autres, les survivants ont vécu séparés, les uns à côté des autres sans s’entraider. La Terre s’épuisant, ils ont tout de même collaboré pour construire un vaisseau capable de les emmener dans l’espace à la recherche d’une autre planète. Mais après plusieurs années, les querelles incessantes mettant en péril la survie de l’espèce humaine, HAL, l’Intelligence Artificielle qui dirige le vaisseau, a de nouveau séparé les hommes, les enfermant dans des aires différentes du vaisseau en fonction de leur religion.Aujourd’hui, vous êtes les derniers survivants de l’espèce humaine.
Votre vie est en danger : estimant que le nombre de survivants est insuffisant pour le renouvellement de l’espèce, HAL a décidé de vous couper l’oxygène.
Il vous reste une heure pour sortir de la pièce, délivrer les autres et coopérer pour éteindre l’IA. Profitez-en pour réfléchir à une façon de survivre ensemble sans vous entretuer à l’avenir !!!
Observez bien autour de vous. Les concepteurs de HAL vous ont laissé des indices.
Attention : HAL a piégé la sortie. Ouvrir la porte sans avoir débloqué le système de sécurité pourrait vous coûter de précieuses minutes d’oxygène…
Là on voit bien l'idée que l'absence de laïcité sépare les communautés.

- fin du scenario : les joueurs doivent rentrer un code dans une interface spécifique pour arrêter HAL

Concevoir les énigmes : 


Ca a été le plus compliqué !!! Ca a pris au moins 2 séances...
Ils ont d'abord été séparés en trois groupes (une par salle) et ont proposé :
- un support sur lequel s'appuyer (charte de la laïcité, livre, article)
- un type d'énigme (avec l'aide de Dcode)
- l'objectif de l'énigme : quel indice faire découvrir ?
- réalisation.

On a eu :
- un mot croisé à partir de la charte de la laïcité pour faire deviner une couleur. Outil en ligne
- un système de codage utilisant des passages de la charte pour faire trouver les lettres d'une couleur. Une lettre était soulignée dans chaque article, mais un texte posé dans la pièce permettait de sélectionner les articles, donc les lettres pertinentes et de les mettre dans l'ordre (voir fichier joint).
- un code chiffré (paragraphe, ligne, mot ou caractère) pour trouver, dans un article du Monde sur l'oecuménisme*, la cote Dewey d'un livre du CDI sur la laïcité. Avec des indices en écriture invisible et lumière noire (dans la salle des archives, c'était approprié !).

Ensuite nous avons fait la même chose dans le CDI, ensemble d'abord puis par groupe pour la réalisation.
- des affiches de promotion de la laïcité derrière lesquelles cacher des trucs (QRcodes, indications)
- des livres sur la laïcité (par exemple : Jean Baubérot, les 7 laicités françaises, 2015 ou Parlons Laïcité en 30 questions, par Jean Baubérot et Micheline Milot, doc en Poche 2017, ou un livre de Régis Debré comme "La Laïcité au quotidien".

Nous avons décidé aussi des cachettes, énigmes et activités :
- des livres cachettes*
- un coffre fermé avec un cadenas à clef
- des quizz nécessitant les livres pour trouver la solution (avec Genially)



Pour la solution finale, j'ai triché, j'ai utilisé une interface en test faite par un programmeur génial et gentil (coucou Seb !).

* Une idée de notre indispensable documentaliste.

Le jeu 

J'ai tenté de faire une représentation graphique du jeu.

Vous l'avez compris, il faut sauver l'humanité en apprenant à coopérer et en résolvant des énigmes. Une précision utile : les salles 1 et 3 doivent permettre aux élèves de communiquer entre eux. Chez nous, ils se voient par les vitres et communiquaient par écrit, mais on  peut imaginer qu'ils se parlent ou s'écrivent sans se voir...

  • A l'aide de la charte de la laïcité, la salle 1 a dû résoudre les mots croisés sur lesquels des cases étaient coloriées pour former le mot "NOIR". Cela nécessite de s'interroger sur le sens des mots.
  • La salle 3 a dû sélectionner sur la charte de la laïcité quelques paragraphes grâce à un texte 

Chacun des articles contient une lettre soulignée, ce texte permet de savoir quel article sélectionner dans quel ordre pour former le mot "rouge".

Devant les portes des salles 1 et 3, des enveloppes avec des fils de couleur. Devant la salle 1, deux fils de couleurs différentes (mais pas de noir) et un fil ROUGE. Devant la salle 3, les fils sont de couleur quelconque aussi sauf rouge, et un fil NOIR. Dans les deux salles, une affiche indique qu'il faut coopérer :
Chaque équipe doit comprendre qu'il faut communiquer à l'autre groupe l'indice obtenu. Ca donne des échanges rigolos !


  • la salle des archives est aveugle chez nous. Comme les portes ne permettent pas d'enfermer (évidemment, dans un établissement scolaire !), les joueurs sont informés dans le texte d'accueil que la porte est piégée et qu'ils ne peuvent qu'espérer que les autres équipes les libèrent. Une lampe à lumière violette est posée sur la table. Sur le texte d'accueil figure aussi un mot à l'écriture invisible : Oecuménisme (c'est un des mots du titre de l'article à trouver). sur les étagères sont accrochés deux papiers apparemment vierges. En réalité y figure à l'encre invisible la cote d'un numéro du monde (celui daté du 25 janvier 2016 je crois, avec une interview de Régis Debray intitulé "l'ecuménisme est partout en crise") et sur l'autre papier, les mots "Le Monde". 
Dans cette salle sont en effet archivés dans des boites les numéros du Monde et d'autres journaux et magazines. Dans la boîte ad hoc, dans le numéro pertinent, figure une photocopie de l'article (sinon, ils surlignent le journal...) et un code du style :
Les premiers élèves à avoir joué ont eu du mal avec ce code alors j'ai ajouté un petit QRcode d'aide.

Me suis bien amusée. 

A la fin, ils trouvent la cote Dewey du livre de Bauberot. 

  • Lorsque les joueurs des salles 1 et 3 ont trouvé la bonne couleur, ils tirent l'enveloppe de la bonne couleur qui leur dit : 

Sécurité porte 3 désactivée …Sécurité porte Archive Activée.
Population Salle Archive sécurisée.
Oxygène Salle Archive 18%
Temps de vie restant estimé Salle Archive : 40 à 50 mn. 
(s'ils tirent la mauvaise, ils perdent 10 mn de vie)

Normalement, ils cherchent la salle Archive mais ça n'est pas automatique...

Note pour plus tard : trouver le moyen de leur rappeler qu'ils doivent sauver ceux de la salle Archive...


  • Dans le CDI, les joueurs vont chercher le livre. Ça leur fait une belle jambe... Ils accèdent aussi à l'interface de désamorçage mais ils n'ont pas le code à 4 chiffres. Au moins ils savent quoi chercher. Ils trouvent assez facilement les affiches sur la laïcité alors que les murs du CDI sont déjà bien occupés. Derrière, selon l'affiche :
    • des qrcodes vers des quizz sur Genially. Les questions sont assez compliquées... 


    • des lieux précis où ils vont trouver les livres-cachettes avec une clef (celle du cadenas) et un autre livre. 
    • les livres permettent de répondre aux questions des quizz
    • les quizz indiquent chacun un lieu précis : 
      • celui où se trouve le coffre fermé avec un cadenas (celui de la clef) qui contient la moitié du code
      • celui où se trouve un livre cachette avec l'autre moitié du code. 
    • bon ben voilà. Le code est une date importante de l'histoire de la laïcité en France (du coup, ils cherchent à quoi ça correspond même si ça ne sert à rien de savoir...). Lorsque HAL est dévérouillé, un texte s'affiche. Il dit :
      (Celui-là, c'est moi qui l'ai écrit, faute de temps pour les élèves). 

Bilan et perspectives 


Ce texte de fin permet d'ouvrir la discussion sur ce qu'apporte la laïcité. Il faut aussi évoquer les objectifs du jeu, discuter de ce que le jeu permet d'apprendre sur le sujet. 
Je suis consciente des limites de ce jeu pour évoquer toute la complexité de cette notion. Il y a beaucoup de simplifications, voire de simplisme. Par exemple, il n'y a pas d'athée dans ce jeu. Mais c'est cela qui est intéressant : discuter de ce que cet escape game apporte, ce qu'il n'évoque pas, les simplifications qu'il opère... Et donc, l'an prochain, je l'utiliserai pour commencer le travail d'EMC sur la laïcité !

Par ailleurs, dans le CDI, les énigmes sont trop peu nombreuses pour occuper les 15 joueurs environ, il faudrait en créer d'autres et en profiter pour varier un peu (il s'agit pour le moment essentiellement de trouver des choses et de répondre à des quizz). A suivre donc !





dimanche 28 janvier 2018

Un nouvel outil pour les corrections audio... et plus encore !

Grâce à ma copine @FCahen qui me l'a signalée, j'ai essayé l'appli (androïd only, désolée...) VocalRecall (ha ha ha j'adore l'humour cinéphile de son concepteur !) pour corriger mes copies. Essayer, c'est l'adopter !

Le principe :
1- Dans l'appli installée sur le téléphone ou la tablette (sous Androïd, je rappelle), vous générez des qr codes. Vous recevez par mail un pdf avec lesdits codes. Vous l'imprimez sur une feuille ou, top du top, sur des étiquettes (par exemples celles-là http://amzn.eu/1m1Mz83)
2- Dans l'appli, vous enregistrez un fichier son (on peut faire pause et reprendre, bien sûr) d'une durée max de 5mn. Caroline (c'est moi !) va falloir faire court !!! Mais j'y arrive alors pourquoi pas vous.
3- Une fois l'enregistrement terminé, vous le liez au qr code en utilisant le bouton ad hoc (dans la vidéo, c'est très clair) : ça ouvre l'appareil photo, ça reconnaît le qr code, vous le renommez pour pouvoir l'identifier éventuellement plus tard et hop.
4- C'est fini ! il n'y a plus qu'à coller le qr code sur la copie (où vous voulez d'ailleurs, si c'est pour un autre usage type jeu de piste par exemple).

En vidéo (c'est pas moi la dame sur le film)

Il y a aussi un tuto ici 

Bon évidemment j'ai eu peur que ça aille trop vite donc je me suis ajouté un petit truc pour les-élèves-qui-n'auraient-pas-accès-à-un-lecteur-de-QRcode. Et comme je ne les ai pas identifiés, je le fais pour tout le monde.
5- Je scanne le qr code avec mon propre lecteur de QRcodes, je me contente de copier le lien,
6- Dans mon appli pour créer des miniliens (j'ai utilisé goo.gl mais je vais tenter de trouver mieux), je colle le lien long obtenu, de façon à créer un minilien
7- je recopie le minilien sur la copie.

L'inconvénient c'est que ça rompt la sécurisation des données garantie par l'application.
Je vais noter le nom des élèves-qui-n'auraient-pas-accès-à-un-lecteur-de-QRcode pour la prochaine fois...

Evidemment tout cela est gratuit (sauf les autocollants), alors merci Graham, le concepteur de l'appli, prof de sciences et très sympa, il répond aux mails de la gourde qui ne trouve pas le pdf avec les qr codes.

On peut imaginer d'autres usages bien sûr : dans des jeux type escape games, pour aider les élèves dys en lisant les consignes etc... et aussi à l'inverse, faire produire des sons aux élèves en ne récupérant que les QRcodes (par exemples, des plaidoiries, jdcjdr) ;-)


vendredi 24 novembre 2017

Préparer une exposition virtuelle sur la Grande Guerre (1ère S)

"Quelle connerie la guerre...". Et pourtant, même avec les intentions les plus pacifistes, il faut bien l'enseigner... En première, c'est même tout un thème sur la guerre et les totalitarismes qui est au programme.

Cette année, inspirée par :
  • plusieurs rencontres dont deux collègues dont je ne désespère pas de retrouver le nom, rencontrés dans un atelier aux rendez-vous de l'histoire de Blois, et d'autres dans ma salle des profs ( (toi, oui toi chère Lulu !) et ailleurs (vous,  oui vous, les Crapistes) ;
  • le site Transcribathon d'Européana.
J'ai conçu cette séquence sous forme de tâche complexe mâtinée d'un concours de transcription. 

Le transcribathon


Sur le site Transcribathon, Europeana 14-18 donne la possibilité de mettre en ligne des archives de la grande guerre d'une part, et de les transcrire collaborativement d'autre part. Les archives sont classées par "Stories", par dossier en quelque sorte, chaque "Story" rassemblant les documents d'un dépôt, correspondant souvent aux archives d'une personne ou d'une famille. Dans chaque Story, plusieurs "item", un item correspondant à un document. Une fois inscrit sur le site, on a accès aux outils :

  •  description, 
  • transcription, 
  • possibilité d'ajouter des lieux et des dates,
  • possibilité de noter des remarques ou des difficultés de transcriptions, des sources etc. 

La transcription est visible par tous, mais elle porte la couleur jaune (en cours de transcription). Tout le monde peut lire et modifier votre transcription, mais un utilisateur plus avancé (qui a transcrit beaucoup) et qui porte donc le statut de "runner" peut valider la transcription. A chaque transcription ou enrichissement du document (date, lieu), vous gagnez des miles, vous montez en niveau. 

Le site donne la possibilité de créer des "Teams". J'ai donc commencé par mettre mes élèves en équipes et leur donner pour mission de transcrire le plus grand nombre d'archives possible, l'équipe ayant transcrit le plus gagnant son poids en chocolat. Nan je rigole, le CESC n'a accepté qu'une seule boîte. ;-)
NB : je me suis mise dans chacune des équipes, pour pouvoir surveiller leur progression et savoir qui était le gagnant. Ceci dit, un bug du programme a transformé une équipe tout à fait moyenne (en nombre de miles) en transcripteurs exceptionnels, la meilleure équipe de transcripteurs du monde. Bon, ils sont de bonne foi, on a pu s'en sortir...

La conception d'une exposition virtuelle sur la Grande Guerre


J'ai d'abord présenté le programme aux élèves (celui du B.O.) en montrant les trois axes qu'on nous demande d'étudier.
J'ai donc donné trois thèmes : l'expérience de la guerre, une guerre totale, des société brutalisées 

Je leur ai ensuite demandé de choisir parmi une vingtaine de Stories présélectionnées par moi-même celle qui leur convenait le mieux pour traiter des trois thèmes. Une équipe, une story. 

1ère séance (deux heures)

Chaque équipe devait donc (en classe) sélectionner trois à cinq documents, en retirer des informations sur leur personnage/famille et sur les trois thèmes. Avec ces informations, deux choses à faire :

  • prendre des notes en vue de présenter aux autres élèves de la classe,
  • compléter un padlet (l'exposition virtuelle) comportant quatre volets : un volet de présentation et un volet pour chacun des trois thèmes. 
Sur le padlet, les élèves devaient appuyer leur texte sur des citations des archives, dont un sous forme d'image (une capture d'écran).

2ème séance (deux heures)

J'ai créé de nouveaux groupes comportant un élève de chaque team (en réalité, un élève représentant un type d'expérience de la guerre, plus ou moins : soldats du front, arrière, ...). Chacun devait rapporter au groupe l'expérience de la guerre vécue par son personnage, et ce que sa story pouvait apporter sur les trois thèmes traités. Ensuite, le groupe avait pour mission de rédiger un texte sur un des sous-thèmes de l'exposition (par exemple : l'expérience de la guerre pour les civils) et lire le texte à haute voix devant les autres. Les autres groupes ont ainsi pu modifier les différents textes entendus. 

Ces textes viennent enrichir l'exposition.

Les fiches de consignes

Le résultat

(dont je ne suis pas peu fière... ils ont travaillé, retravaillé et amélioré encore, et le résultat me plaît beaucoup !)

Fait avec Padlet



mercredi 1 novembre 2017

Astuces de correction des copies

Rhâ, encore la correction des copies ! Il faut dire que ce sont les vacances... Vous savez ce que c'est : on les entasse, on les regarde, on espère qu'elles se corrigent toutes seules mais non. Alors on s'y met, café, chocolat, quelques lignes et puis le nez en l'air... On se lève pour un autre café, pour un bisou de nos enfants qui, bizarrement, nous manquent beaucoup à cet instant précis. Bref, c'est lent, c'est long.
En plus il faut écrire des commentaires dans la copie, on se répète, c'est pfffff.....

Du coup j'ai quelques astuces (warning : c'est pas super innovant, vos faites sûrement pareil depuis trois siècles) :

1) Je fais ma correction avant de donner le contrôle. 

Parfois je fais même un tableau, comme ça par exemple




(vos avez vu, ma correction me fait souvent grille d'évaluation en même temps.)
Avant d'imprimer je corrige quelques copies car il faut parfois adapter un peu... soit parce que mes consignes n'ont pas été claires (mes premières S en ont fait les frais avant les vacances...) soit pour éviter les grosses catastrophes.

Voilà, du coup je m'épargne les répétitions (et une correction fastidieuse en classe où je ne reprends que les grandes lignes)

2) Je rythme ma correction avec un super chronomètre de compétition


http://www.minuteur-en-ligne.fr/minuteurs-pomodoro

Je corrige une copie, je vois combien de temps je mets, et j'entre dans le minuteur Pomodoro une série de x copies. Par exemple pour une copie que je corrige en 10 minutes, je mets 10+10+10+10+10+5 , soit 5 copies et la pause.

Petit plus : la tablette de chocolat pas loin, pour la pause

Voilà, je pose ça là, au cas où ça serve à quelqu'un.

mardi 12 septembre 2017

Une démarche pour apprendre à apprendre

Je publie ici le descriptif de la séance évoquée sur Twitter lundi 11 septembre 2017, et qui a suscité quelques réactions, interrogations et demandes de précisions. Merci aux collègues pour leurs encouragements (et de me pousser à partager, blog-feignasse que je suis !!!).

C’est mon cher collègue Olivier Quinet qui m’a donné l’idée : s’appuyer sur quelques connaissances à propos du fonctionnement du cerveau pour expliquer aux élèves comment on organise les cours (dans son cas) et comment on peut faciliter l’apprentissage (dans le mien).
J’ai donc repris une partie de sa fiche, que j’ai complétée, la voici. 




Cette fiche est aussi au format publisher (je sais, c'est le Maaaaaaal).
Pour chaque affirmation, j’ai créé des activités (elles sont sûrement améliorables, je prends vos idées !). La fiche est ici au format odt (pour compenser)

1er exercice : à propos de l’affirmation « Le cerveau peut facilement retenir 5 à 7 informations »

Par deux : A se présente à B en donnant plein de détails (pour lui rendre la mémorisation difficile, hé hé !). Ne pas prendre de notes.
B essaie de retrouver le maximum d’éléments de la présentation

2ème exercice : à propos de l’affirmation « le cerveau retient plus facilement les images que les mots »

Première partie

J’ai distribué des listes de 17 mots, une liste différente par élève. Pourquoi 17 ? Parce que pour faire mes listes de mots et d’images j’ai utilisé une feuille mise en ligne par une collègue de primaire (http://laclassedelaurene.blogspot.fr/) qui contient à peu près 290 images, et que j’ai 17 élèves par groupe. Une bête histoire de division avec reste !
Pour en revenir à l’activité, chaque élève devait apprendre le maximum de mots (une minute trente). Je demande ensuite combien de mots ont été retenus, un petit concours s’organise quoi qu’on fasse. Je fais ensuite exprimer à chacun sa méthode : comment avez-vous fait pour apprendre ? pour vous souvenir ? de cette façon, les élèves partagent leurs stratégies.

Deuxième partie :

Cette fois, je distribue des petits paquets de 17 images (pourquoi 17 ? voir plus haut 😉), ils ont toujours 1mn30 pour en apprendre le maximum, faire leur petit concours, je les teste un peu en leur faisant réciter, juste pour l’ambiance et la fierté de montrer qu’on sait, ou que celui qui croit savoir peut se planter aussi (tout ça dans la bienveillance, bien sûr. Celui qui se moque… bon, ça va, personne ne s’est moqué).
La surprise de cette activité, ça a été leur utilisation des images. Ils les ont très vite manipulées, les empilant, les étalant, modifiant leur disposition en fonction de leur stratégie d’apprentissage. Celui qui se raconte des histoire les classe en « début de l’histoire »  « milieu de l’histoire » « fin de l’histoire ». Celle qui fait des catégories… fait des catégories. Les deux qui utilisaient la musicalité, une sorte de rythme, ont eu du mal avec les images, ça marchait moins bien pour eux. En tout cas, cela a permis de mettre en lumière, ou en schéma plutôt, d’expliciter davantage leur stratégie en tout cas.










D’ailleurs je vous raconte aussi cet exercice réalisé le matin dans d’autres conditions, même s’il a été plutôt un échec. Même exercice mais 10 images affichées au tableau. Ben oui, j’avais oublié mon matériel, les listes de mots et les paquets d’images. Pas bien organisée la nana… Bref, ils ont eu beaucoup plus de mal à apprendre avec les images au tableau qu’avec les mots écrits par leurs voisins. Ils se maquaient une ligne, plissaient les yeux… Ils m’ont ensuite expliqué que la multiplicité des images était une gêne pour apprendre.

Troisième partie : se faire aider de son camarade pour apprendre ses 20 mots.

Celle-là, je n’ai pas eu le temps de la faire… la fois prochaine ! Mais du coup, je ne raconte pas. Je mets seulement la démarche.
Chronométrer le temps pour apprendre les 20 mots.
A reprend sa liste de 20 mots. Il la relit, essaye de réciter à B. Lorsqu’il n’y arrive pas, B donne des indices pour faire deviner le mot.
Inverser.
Comment avez-vous fait pour mémoriser les mots ?

3ème exercice : à propos de l’affirmation : « le cerveau sature vite »

Cet exercice doit être fait à la fin de la séance. Ce que je fis.
Apprendre une autre liste de 20 mots (ou 17, hein, ne faisons pas la fine bouche) en 1mn 30, faire le bilan. La plupart en ont appris moins, c’était plus difficile, ils se déconcentrent rapidement, bavardent, regardent ailleurs… On souligne ces éléments et on en déduit… qu’il ne faut pas trop en demander au cerveau d’un seul coup !
Le reste des activités, je ne l’ai pas encore réalisé en classe. Je laisse la démarche ici, vous en ferez bon usage et surtout, n’hésitez pas à me proposer des améliorations ! J’ai pris le temps d’écrire ce billet un peu pour ça aussi : je ne suis pas très sûre de faire bien et j’aimerais bien faire mieux !

4ème exercice : à propos de l’affirmation : « le cerveau, ce qu’il ne comprend pas, il ne peut pas l’apprendre »

Distribuer une liste de 10 mots en anglais non basique (ou en allemand). Ou peut-être des poèmes d’Henri Michaux ?
A et B doivent apprendre leurs 10 mots.
Combien en retenez-vous ?

5ème exercice : à propos de l’affirmation : « le cerveau doit être actif pour apprendre »

Prendre une page de cours. Il faut l’apprendre. Comment faire ? Chacun propose sa méthode et l’essaye, puis restitue ce qu’il/elle a retenu
-          Par cœur ? essayer – bilan.
-          Comprendre ? essayer – bilan
-          Poser des questions ? essayer – bilan
-          Se raconter ? essayer – bilan


6ème exercice : à propos de l’affirmation : « le cerveau apprend mieux s’il est surpris, s’il essaye de savoir à l’avance »

Pendant une séance d’AP, essayer de restituer ce qu’on a retenu du dernier cours d’HG (ou autre)
Pour la prochaine séance, s’engager à être actif du cerveau dans le cours d’HG (ou autre) précédent la séance d’AP : essayer de comprendre, de deviner la suite, de répondre aux questions, de se poser des questions…
Séance d’AP : bilan de ce qu’on a retenu (par écrit puis oral) et pourquoi / comment on l’a retenu.

7ème exercice : à propos de l’affirmation : « le cerveau oublie vite »

Que vous rappelez-vous de … (mots de la séance 1 ? cours précédent ? )

Faire suivre avec l’apprentissage des cartes mentales.









jeudi 9 mars 2017

Correction audio de copies papier

Inspirée par François Jourde, puis par @Aurelie_Gascon sur Twitter, je me suis lancée dans les corrections audio.
J'ai un problème avec les corrections : c'est long, j'écris beaucoup, mal, je suis difficile à relire malgré mes efforts et comme j'ai pas mal d'élèves dyslexiques...
J'ai tenté l'an dernier la correction en pdf. Ça répondait à mon problème d'écriture, j'ai créé des tampons et ça, c'est bien. Mais il faut scanner les copies et ensuite, beaucoup d'élèves m'ont demandé de les leur imprimer. ça prend du temps ! François suggérait de les faire écrire sur des feuilles simples et d'un seul côté pour pouvoir automatiser mais du coup, ça consomme beaucoup de papier. Mais ça aurait pu me plaire... sauf quand tous mes tampons (posés sur les copies) ont disparu, les commentaires déplacés ailleurs sur la copie... Tout à refaire. J'ai renoncé.
Cette fois, c'est Aurélie qui m'a donné un élément de solution : la correction audio.
C'est agréable, pour tout vous dire j'ai corrigé dans mon lit (pour être au calme). J'ai lu d'abord la copie, en ajoutant des numéros dans la marge comme des repères. J'ai coché les cases de la grille d'évaluation. Ensuite j'ai enregistré sur mon téléphone un fichier audio (un par élève), sur lequel je rappelle le sujet, je parle à l'élève en l'appelant par son prénom, et je donne les aspects positifs et les aspects améliorables de la copie en me référant aux numéros dans la marge. Ce fichier, je le nomme avec le nom de l'élève, je l'exporte sur mon drive.
Le travail n'est pas fini... Il faut maintenant que l'élève puisse avoir accès facilement à ce fichier audio (et pas ceux des autres). Là, il faut avouer que ça m'a pris un peu de temps pour cette  première fois.

Dans un tableau, j'ai noté le nom de chaque élève (je copie-colle depuis une liste numérique, hein !). J'ai créé un lien court personnalisé pour chaque fichier mp3 sur https://huit.re/ en notant dans le lien le nom de l'élève (et l'ai ajouté dans le tableau). En passant, ce serait chouette de pouvoir créer des liens courts personnalisés à la volée...
Avec ces liens personnalisés, j'ai créé des QR codes à la volée avec https://qrexplore.com/generate/
C'est pour cela qu'il faut personnaliser les liens courts : le nom apparaît dans le titre du fichier png avec le qr-code ! Comme je n'y ai pas pensé tout de suite... j'ai perdu une blinde de temps !
J'ai ajouté le QRcode dans le tableau.
J'imprime, je colle. Chaque élève dispose donc sur sa copie d'un lien court et d'un QRcode.

Voilà !


lundi 12 septembre 2016

Hors-sol, ou l'école déconnectée

Dans un récent essai relayé par Libération, Philippe Bihouix, ingénieur centralien, lance un assaut contre le plan numérique éducatif lancé par le gouvernement, et, plus largement, contre le numérique à l’école. Je dois préciser, pour être honnête, que je n’ai pas eu le temps de lire le livre en cette rentrée scolaire. Je réagis donc uniquement sur la foi de cet article. L’essayiste  décrit une école en bien mauvais état. « L’école numérique est un désastre », une « fuite en avant » et rendrait l’école « nocive ». Bientôt, se désole-t-il, « nous allons élever nos enfants hors sol, comme les tomates ! ».

Au milieu de ces propos un chouïa excessifs – mais c’est sûrement le fait d’être rassemblés dans ce court article - j’entends un certain nombre de vérités sur l’école. Je suis tout à fait M. Bihouix lorsqu’il refuse que l’école entraine une addiction aux écrans, soit vidée de ses enseignants. Je l’approuve tout à fait dans l’idée que les élèves doivent trouver du plaisir dans le travail intellectuel et manuel, et avoir ainsi le goût de l’effort. Et c’est vrai que beaucoup de matériel a été acheté à grands frais pour ne pas servir beaucoup.

Et pourtant, la lecture de l’article m’a fait bondir de ma chaise. C’est surtout le procédé que je déplore. Je ne sais qui, de l’auteur ou du journaliste, se plaît à jongler avec les présupposés, les suppositions et autres fantasmes à propos des enseignants, mais c’est assez énervant. Je me propose donc de les souligner ici.

D’abord, traiter les enseignants qui essayent de former au mieux les citoyens du futur de « technopédagogistes »,  et leur prêter un foi intense dans un certain nombre de mirages, c’est moche. Non, les pédagogues (ce n’est pas une insulte) ne sont pas des naïfs, et non, ils ne mettent pas les technologies au centre de la pédagogie. Tous les pédagogues le savent : les technologies sont des instruments pour faire apprendre, au même titre que le lieu où l’on enseigne, avec son tableau, son mobilier, que les manuels que l’on utilise, que les tableaux noirs (qui furent en leur temps un apport technologique fort décriés)*.

Non les technologies ne se résument pas à un hochet que l’on donne aux élèves pour les distraire de la corvée d’être en classe. Ils sont un instrument que chacun dans le monde réel est amené à utiliser, un instrument d’accès à l’information, voire à la connaissance, et il convient de ne pas en priver les élèves, et sûrement aussi de les former à leur usage.

Par ailleurs, M. Bihouix trouve la concertation insuffisante pour « discuter la pertinence du numérique à l’école ». C’est sûrement que M. Bihouix n’a pas lu les articles de André Tricot par exemple, chercheur en éducation et sciences cognitives, qui porte depuis plusieurs années un regard mesuré et étayé par une recherche sérieuse sur le rôle destechnologies dans l’apprentissage. Je lui conseille également la lecture de nombreux travaux issus des la recherche au sein de l’Institut Français de l’éducation et de l’INRP avant lui. Bref, la recherche est à l’œuvre depuis les années 80 (oui oui !) sur le sujet de l’impact du numérique sur l’enseignement. Je pense que les profs savent lire, que les gens qui travaillent au ministère savent se mettre au courant de l’avancée de ces recherches. En fait j’en suis sûre, j’en ai croisé plusieurs centaines à Ludovia au fil des années.

Enfin, je pense que je n’ai pas la même définition que M. Bihouix quant au terme de « hors sol ». Si je comprends bien le dictionnaire, élever quelque chose hors sol, c’est le couper de notre terre nourricière pour le faire grandir sur un substrat préparé pour lui. Pour moi, supprimer le numérique à l’école, ce serait justement créer un espace coupé du monde, dans lequel on ne mettrait que les éléments que d’aucuns jugent pertinents pour éduquer des enfants.


C’est sûr, il y a sûrement des efforts à faire dans l’analyse des équipements nécessaires pour chaque lieu d’apprentissage, de façon à ne pas jeter l’argent public par les fenêtres. Probablement aussi qu’une solide formation, voire un accompagnement des enseignants dans leurs démarches pour former aux usages de ces outils pourrait faire du bien. Mais une école déconnectée, c’est une illusion. Chaque élève ou presque a un téléphone dans sa poche. Leur interdire toute connexion à l’école, ça signifie qu’une fois sortis de l’école, ils naviguent en toute liberté et sans aucune formation sur un internet que personne ne parvient à dompter. C’est comme lâcher un enfant sauvage dans une boîte de nuit parisienne…

Non M. Bihouix, l’école déconnectée que vous prônez ne donne pas du tout envie de manger des tomates.

* Ce truc que je décris ça s'appelle "construire une situation d'apprentissage" et même avant Meirieu il y a des gens qui ont décrit ce que les enseignants construisent tous les jours.