dimanche 14 septembre 2014

Jouer à Classcraft avec mes secondes : épisode 2 Commencer à jouer

J'ai donc commencé à jouer à Classcraft*. Pour lancer le jeu, j'ai suivi à la lettre les conseils donnés sur la plateforme :
- J'ai expliqué pourquoi je jouais (c'est expliqué là, mais j'ai simplifié : j'ai pas envie de passer mon temps à vous botter les fesses et j'ai envie de valoriser ce que vous faites déjà très bien).
- J'ai présenté les règles du jeu, dont j'ai distribué une version simplifiée. Ce sont des règles du jeu provisoires, parce qu'il va falloir intégrer le jeu dans le lycée, et donc les règles du jeu dans le règlement intérieur.
- J'ai fait signer le "pacte des héros" aux élèves volontaires pour jouer (je précise ici qu'il est impossible de jouer à moins de 5 élèves mais tout à fait possible de jouer alors que tout les élèves ne jouent pas.
- et je leur ai demandé leur adresse mail. J'en attends toujours 5. Et aussi de me constituer des équipes équilibrées.


Ensuite j'ai profité du reste de la semaine pour aller voir mes chefs pour avoir leur autorisation d'utiliser la plateforme. Pas l'autorisation de jouer, hein ! Celle-là je l'avais déjà prise toute seule. C'est expliqué dans l'épisode 1.

Et puis j'ai pris une heure de mon précieux temps. Pas l'heure suivante : ils avaient oublié mon histoire d'équipes. Mais bon, une remarque par ci ("Oh, je t'aurais bien ajouté 10 XP mais je peux pas : vous n'avez pas fait les équipes"**) et une remarque par là ("Oh, si tu avais le pouvoir de Foi Ardente tu pourrais me demander confirmation que ta réponse est la bonne"**), et la fois suivante a été consacrée à l'enregistrement des équipes, à trouver un nom, à répartir les rôles, à choisir son premier pouvoir. A défaut de faire de l'histoire ou de la géo, ils ont fait de la stratégie... Espérons que je vais gagner du temps plus tard parce que le jeu aura boosté les troupes et supprimé à tout jamais tout problème de disciplines et toute tentative de traîner la patte...

Et puis il y a eu ECJS.... Premier thème : Citoyenneté et civilité. exercice d'application : intégrer Classcraft dans le lycée. Autrement dit : vérifier que les règles sont compatibles avec le règlement intérieur (Ah bon, c'est pas compatible ? Ca alors !), et pourquoi donc ces règles-là dans le RI, et pourquoi ce RI est prioritaire, et comment faire pour adapter les règles ? Quel est l'objectif de cette règle, quel est son impact sur l'environnement de la classe, sur l'élève ? Du coup, quelle règle pourrait remplacer ?

C'est-y pas beau ça ?

Aujourd'hui, j'ai inscrit mes élèves sur la plateforme https://game.classcraft.com/. Et demain, je me connecterai sur MON ordi (ben oui, il faut Chrome et y'a pas Chrome sur les ordis du lycée) avec la connexion partagée de mon smartphone (Ben oui, le réseau est protégé). Mais ensuite j'ai rendez-vous avec un collègue responsable du réseau et il va m'arranger tout ça. Pas vrai Joani ?
Je suis pressée de lancer le premier événement aléatoire qui ouvrira chacun de mes cours dorénavant. En espérant ne pas être obligée de chanter...


* Pourquoi je joue à Classcraft ? C'est écrit ici 
** Qui a dit que j'étais manipulatrice ??? C'est c'ti qui le dit qu'y est !

Jouer à Classcraft avec mes secondes : épisode 1 Pourquoi je joue ?

Oh purée que c'est bon de retrouver des élèves !!! C'est vrai, ils sont jeunes, frais, enthousiastes... Oui mais hum... en entretiens individuels lors de leur rentrée, j'ai entendu des trucs qui m'ont inquiétée :

- Je ne sais pas m'arrêter de bavarder (5x)
- Je voulais aller en lycée professionnel (2x)
- Je suis nul(le) en maths (218 X sur 35 élèves)
- Je suis nul(le) en (français, sciences physiques, etc...) (12x)

Et puis j'ai ouvert la porte de la salle voisine où les 34 élèves qui n'étaient pas en entretien individuel travaillaient déjà. Et là... J'ai refermé la porte.

35 élèves de seconde dont 7 bavards (5 honnêtes et 2 qui essaient de le cacher), 2 qui ne se sentent pas à leur place (au moins) et 250 qui doutent de leurs capacités... J'ai eu envie de fuir. Je me suis sentie perdue, moi qui déteste punir, sanctionner, qui a une tendance maladive à comprendre pourquoi ____________ (complétez par vous-même : j'ai pas mes affaires, j'ai pas fait mon travail, je parlais à mon copain, j'ai pas appris, j'ai oublié, je vous jure) .

Et puis j'ai respiré un coup et pris une grande décision : je vais jouer à Classcraft avec mes 205.


Classcraft c'est un jeu de gestion de classe créé par mon copain Shawn Young (oui tu as bien lu, internaute : je me la pète, Shawn est mon copain on a bu des coups ensemble et il m'a vue en pyjama. Hé ouais). Vous lirez les règles ici et vous pourrez même vous créer un compte gratuitement pour voir.

Premier cours. Je présente ma façon d'envisager l'année et puis, le coeur battant, je leur explique le jeu. Le coeur battant ??? Mais pourquoi donc ??? Jouer avec mes élèves j'ai déjà fait plein de fois ! Oui mais là....

  • c'est un jeu sur l'année. Si je me plante, argh. 
  • c'est un jeu qui nécessite un accès en classe, à chaque cours, à la plateforme en ligne qu ine fonctionne que sous Chrome. Et moi je suis dans un établissement scolaire. Vous voyez un peu l'angoisse ? 
  • c'est un jeu et moi je suis prof avec un programme : est-ce que je vais perdre ou gagner du temps ? 
  • est-ce que mes chefs vont accepter que j'utilise la version complète (gratuite mais... regardez les conditions de la version freemium) ? 
et puis surtout : 
  • est-ce que ça va fonctionner avec mes élèves ? 
J'ai commencé par argumenter auprès des chefs qui, je l'avoue, ont bien fait leur boulot en regardant les règles du jeu et en m'accordant une heure. Leurs questions sont intéressantes :
  • Est-ce que ça ne crée pas une exception parmi les élèves dans l'application d'une règle commune au lycée ? 
  • Certaines règles sont contraires au règlement intérieur. On fait comment ? 
  • Certaines règles prévoient d'ajouter 5 ou 10mn de temps supplémentaire à un devoir sur table. Est-ce juste, alors que les élèves constituent un épais dossier pour obtenir un tiers-temps ? 
  • Ces règles qui ajoutent ou suppriment du temps pour faire les devoirs sur table mélangent le pédagogique et le disciplinaire. 
Mais ils ont visiblement été sensibles à mes arguments puisque je joue avec leur soutien. Et mon argument principal a été : Je joue ou je meurs Je joue pour qu'ils se mettent au travail sans que j'aie à leur botter les fesses. 

Donc on joue, avec le version freemium qui nous permet de modifier les règles du jeu et d'avoir des forums sur le site du jeu, pour les trucs les plus notables. A condition que je signale aux élèves qu'acheter des trucs dans le jeu n'est pas souhaitable vu qu'ils peuvent les avoir gratos, et que je fasse une info aux parents. 

Je vous l'avais dit qu'ils étaient chouettes mes chefs.

Prochain article : comment j'ai lancé Classcraft dans ma 205.






jeudi 11 septembre 2014

Résultats d'enquête "tablettes à l'école" 2/5 : Usages en classe

Lors de l’enquête menée dans le cadre de mon stage chez Maskott sur les usagers des tablettes à l’école, j’ai découvert des usages très variés depuis la maternelle (et je ne parle pas de mini jeux, hein !) jusqu’au lycée. Ces usages utilisent les caractéristiques techniques de la tablette : sa légèreté, sa petite taille, ses outils intégrés, sa connectivité. Et une interface souvent intuitive.

« Trouvez moi ça sur internet »


La tablette est d’abord un outil de consultation. Déjà présente dans la classe, dans l’armoire ou dans le cartable de l’enseignant, elle est donnée à l’élève pour aller chercher des informations sur internet, ou dans l’encyclopédie présente sur la tablette. Une enseignante, TZR, se sert de sa tablette comme d’un cartable : elle y stocke ses cours, ses documents, qu’elle vidéo projette pendant la classe.
D’autres ont passé du temps à trouver des applications pertinentes, des jeux, des quizz, que les élèves ont plaisir à utiliser. Certains collègues enfin utilisent la tablette comme un outil de remédiation en pédagogie inversée : les élèves qui n’ont pas lu, écouté ou regardé le cours avant la classe sont invités à le faire en classe, sur tablette, pendant que les autres s’engagent dans l’activité prévue par l’enseignant.


« Enregistrez-moi ça ! »


Mais la tablette est aussi un outil de collection de traces. Dotée d’un appareil photo, d’une caméra vidéo, d’un capteur de son, d’un logiciel de carte avec géolocalisation, de logiciels de traitement de texte et de dessin, une tablette est le « couteau suisse » de la classe, expression souvent reprise mais assez juste. On voit donc des élèves qui font un reportage en images dans le lycée sur le civisme, collectent des images et en font un montage commenté (dans powerpoint pour le coup mais ça pourrait être un traitement de texte, book creator, un blog ou le site du lycée). Au lycée encore, une prof d’EPS fait amener la mallette de tablettes au gymnase pour les cours qui demandent un geste technique : gym, lancers… Les tablettes sont à disposition, les élèves se filment, se regardent, recommencent… et effacent à la fin leurs gestes ratés. Se filmer pour préparer l’oral, s’enregistrer en train de lire, prendre des notes du cours… Des choses simples finalement côté élèves, qui nécessitent pourtant souvent un gros effort de la part de l’enseignant, lorsque les tablettes sont conservées au CDI, loin de tout, dans des mallettes de 15 à 20 kg chacune.

« Créez ! »



D’autres usages sont plus complexes, et utilisent la tablette comme un outil de création. Des enfants de maternelle créent l’annuaire de la classe (ou le trombinoscope) en se photographiant, en écrivant leur prénom et en créant un bouton qui permet d’entendre le prénom à la demande. Pour les plus grands, on pourra détourner le portrait croisé en demandant à chaque élève de présenter son camarade sur une page de l’annuaire, par écrit, de faire enregistrer la version anglaise ou espagnole. La tablette, c’est aussi le cahier de vie, rempli à tour de rôle, qui part dans les familles, chacune son tour, chaque semaine. Book Creator est souvent cité : les élèves deviennent créateurs de leur propre manuel, ajoutant des documents, des questions, des sons, des vidéos pour concevoir un support de cours qui sera peut-être utilisé et enrichi par la génération suivante. Des élèves de collège créent des frises chronologiques, des Tellagami et utilisent les tablettes au CDI pour créer le journal du lycée
Et puis la tablette est un outil de publication, et tous ces travaux peuvent être envoyés sur le cloud, blogués, partagés.

« Soyez autonome ! »

Contrairement à l'ordinateur qui nécessite une salle informatique, la tablette est un outil individuel : on peut donner une tablette à quelques élèves et pas aux autres. Son interface très intuitive débarrasse l'enseignant de toutes les interventions habituelles en salle info : "m'sieur j'y arrive pas", "madaaaaame ça marche pas" etc...  Elle est donc souvent utilisée pour autonomiser les élèves : des activités de groupe, dont les consignes sont distribuées via un ebook par exemple. Ces activités sont souvent des tâches complexes, l'élève utilise alors la tablette à la fois comme accès aux ressources dont il a besoin, en ligne le plus souvent, ou dans l'encyclopédie installée sur la tablette, et comme outil de création d'un objet numérique. L'un des enseignants pratique la classe inversée : les élèves ont des vidéos à regarder à la maison, ou des textes à lire. Mais le risque, c'est qu'ils n'ait pas vu ou lu le cours avant... C'est pire qu'un cours magistral pas écouté ! La solution : donner une tablette à ces élèves, les mettre dans un coin de la salle à faire en classe ce qu'ils auraient dû faire à la maison. Bon, il ne faut pas que ça arrive trop souvent.... Mais j'aime bien l'idée de ne pas abandonner ces élèves-là, dans un système qui est très à la mode ces temps-ci. 

« Bougez ... Mais pas trop loin, hein ! »


L’un des atouts de la tablette, c’est sa mobilité. Je constate que cette mobilité est utilisée surtout au sein de la classe et rarement en dehors. La déconnexion hors les murs, la peur de casser, … Néanmoins, la tablette utilisée dehors est un trait d’union entre l’extérieur et la classe : elle sert à prélever des éléments du dehors qui seront ensuite utilisés en classe dans une activité d’analyse ou de synthèse. Dans ce collège de l’académie d’Aix-Marseille, les élèves ont conçu un parcours dans le village à destination des visiteurs valides et aveugles : le trajet est lisible sur la carte, avec des points d’intérêts commentés à l’écrit, photos à l’appui, et à l’oral, avec force descriptions. Entre chaque point, le parcours est décrit oralement, avec des détails qui pourront guider un aveugle (penser au bruit et à l’odeur, au toucher plutôt qu’à la vue). Des applications spécifiques permettent de programmer des parcours : Google Maps bien sûr, et aussi Tactileo Maps (une application de Maskott, en test pour le moment, un outil génial qui permet d’insérer des vidéos et des documents .doc ou .pdf dans les points d’intérêt, de masquer / démasquer les contenus lorsque l’élève s’approche etc… Mais je vous raconterai plus tard).


La tablette n’est quasiment jamais (dans mon enquête) connectée à l’intranet. Les enseignants utilisent donc Evernote de manière assez générale pour transmettre les consignes et récupérer le travail de chacun. Parfois c’est aussi Dropbox, ou un site du cours, ou un pdf transféré sur chaque tablette via l’application kindle.

Ce qui frappe dans ces usages, ce n’est pas tant la différence avec les ordinateurs, mais la facilité de prise en main des outils par les élèves. Les témoignages concordent sur le fait que les problèmes techniques sont moindres. On échappe avec la tablette aux erreurs de manipulation, aux hésitations des élèves qui plombent les premières vingt minutes d’un cours en salle informatique. J’ai été impressionnée par des usages très complexes (book Creator, insertion d’images prises dans la classe, de sons prélevés et de texte) par des élèves non lecteurs en début de grande section. La complexité est plutôt pour l’enseignant, mais j’en parlerai dans un troisième billet.


Merci à Ghislain, Fred, Aurélie, Véro, Joëlle, Estelle, Celia, Sylvie, Stéphanie, Christophe, Anne, Fabienne, Anne-Marie, Joani, Jacques, Anne-Marie, Emilie, Arnaud, Daniel, Olivier, Philippe, Laure, Géraldine, Pascale, Benjamin et les autres pour leur dynamisme, leur disponibilité, leur créativité.

vendredi 5 septembre 2014

Code code coder ? On en caquette.

Un petit billet en passant sur un sujet brûlant : faut-il apprendre le code à l'école ?

Alors que j'étais en train de boire mon café, mollement tranquillement allongée sur mon canapé, me remémorant avec délice mon Ludovia#11, le téléphone sonne : "Tu penses quoi de l'enseignement du code à l'école ?". Oh le joli trait d'union ! Les tables-rondes et discussions de bar à Ludovia en étaient pleines, de ce sujet brûlant...

Ça fait un moment que le monde en discute. L'EPI et son site très 90's en témoigne*, mais aussi les discussions au sein de l'IFIP à laquelle j'appartiens et les tweets d'un certain nombre de mes copains ou pas copains d'ailleurs sur les coding goûters et autres initiatives militantes. Et moi je ne savais pas trop quoi penser. Pour ou contre l'enseignement du code à l'école ?

Je crois que ça y est, mes idées se mettent en place. D'abord je comprends très bien qu'enseigner le code, c'est faire comprendre aux élèves que derrière les ordinateurs, tablettes et autres outils numériques qui traînent partout, il n'y a pas de la magie mais des instructions données par des humains à une machine. Que ces instructions entraînent des choix, parfois porteurs de sens ou d'une vision de la société. Et que du coup on peut agir, réagir. Enseigner le code c'est donc donner aux élèves les outils pour prendre du recul, et puis aussi peut-être les outils pour créer numériquement en utilisant les bons codes (visuels, ceux-là). Bref, c'est faire de l'éducation aux medias.

Ça, je veux bien. D'ailleurs je l'ai déjà fait.

En revanche, j'ai un peu peur de la mise en oeuvre ...

Enseigner le code, ça pourrait dire avoir des profs de code. On sait bien qu'on ne va pas mettre en oeuvre un CAPES et une AGREG de code (d'informatique, en fait) vu qu'on n'a plus de sous. Mais on pourrait demander à des enseignants d'autre chose (de maths, de techno) de le faire. Et là.... bon, je suis optimiste : des fois ça va bien se passer, parce que y'en a des bien**. Mais d'autres fois.... Vous imaginez vos enfants, petits enfants, en train de se taper un cours d'algorithmique par un prof de maths qui n'a pas fait ça depuis Pffffiouuuuuu ! (je crois quand même, pour être honnête, que c'est au programme de seconde donc pas si poussiéreux). Ou un prof de n'importe quoi d'autre (histoire - géo par exemple) qui donne un "Cours de code" ? Ça me fait frémir... Mais quand vous regardez comment est enseignée parfois la bureautique, ça n'est pas du tout impossible que ça se passe comme ça.
Sans compter que pour le moment, les gens capables d'"enseigner le code" sont tout sauf nombreux.

Alors comment fait-on ?

Je me dis que le code, ça pourrait être utile de lui donner du sens. De montrer à quoi ça sert, comment on l'utilise, dans quel genre de situation et avec quels types de méthodes. Du coup, j'aime bien ce que je vois autour de la programmation des robots, ou de la conception de jeux vidéos avec des logiciels comme Scratch. Parce que la classe a un projet, cherche comment le réaliser, tempête du cerveau, collabore, dessine son algorithme (pourquoi je mets toujours un "y" à algorithme ?), clique sur des boutons, voit que ça génère du code, s'interroge sur ce code, voit ce que ça donne à l'écran, détecte des erreurs, va lire des forums pour comprendre, corrige ses erreurs, et est fier du résultat. Mais ça, ça ne rentre pas dans un programme, ça rentre dans un projet ! J'aimerais bien, en histoire - géo, concevoir un jeu avec un robot qui se dirige en fonction des indications géographiques qu'on lui donne, ou un jeu sur la seigneurie, ou que sais-je encore. Pourtant ça m'étonnerait qu'on me laisse enseigner le code ... ***
Et l'éducation nationale aime bien quand ça rentre dans les cases disciplinaires, calendaires, programmatiques...****

Je n'ai pas de conclusion à ce billet. Je ne peux plus dire "Enseignement du code, moi vivante, jamais" mais je n'arrive pas encore à hurler "Vive l'enseignement du code" et m'attacher aux grilles du ministère, nue, échevelée pour défendre mon idée.

J'ai pas confiance, en fait. C'est ça.



* On pourrait commencer par leur enseigner le HTML 5 / CSS3 à ces gars-là !
**Y'en a deees bieeeeeenn
 

*** Et pourtant on me laisse enseigner l'éducation civique... Inconscients, va !

**** Education nationale, profs compris : quand vous voyez comment ça râle quand on lance les IDD, les TPE et tous ces trucs qui rentrent dans les emplois du temps mais pas dans les disciplines...

mardi 26 août 2014

Ludovia #11 ou la salade de fruits du numérique

J'ai retrouvé Ludovia (après une pause pouponnage) avec un plaisir décuplé. D'abord parce que c'est l'été et que ça, en août 2014, c'est grand luxe. Mais pas que...


Je viens à Ludovia depuis au moins 5 ans, et même si j'ai adoré le mélange des publics, l'ambiance festive, l'accueil des Aurélies, de Laurence et autres membres de l'équipe menée par Eric Fourcaud (c'est le côté sucré et coloré de ma salade de fruit), je dois avouer que j'étais un peu lassée des tables-rondes interminables et pontifiantes, des conférences sous un chapiteau inconfortable et des barcamp aux assistances passives.
Mais Ludovia 2014 (On dit Ludovia #11, parce que c'est la 11ème édition) m'a reconquise. Comme la table-ronde inaugurale ne le laissait pas deviner, Ludovia a changé de formule pour aller vers la simplicité : plus de biathlon numérique, plus d'activité ludique, je pourrais râler (j'avais adoré la balade à cheval en 2012 et le trail de montagne en 2011 !) mais j'ai le temps de papoter avec Laurence Juin, François Jourde, Bruno Devauchelle, Pascal Nodenot, Virginie Paillas, Christophe Batier, Lyonel Kaufmann, Jean-François Cerisier entre autres co-colloqueurs. Et je ne connais pas d'autre colloque où j'ai l'impression d'être la meilleure pote de ces gens-là tout en discutant de ressources numériques, de mobilité, d'équipement numérique et de pédagogie. C'est bon pour l'ego, c'est moi qui vous le dis !

Hier soir, le débat animé par Bruno Devauchelle était tout à fait dans cette veine. Une ouverture théâtralisée a permis de lancer une analyse croisée du travail de Bibliothèque sans Frontière pour adapter à la francophonie le travail de la Khan Akademy. Jean-François Cerisier pour un éclairage centré sur les usages du numérique dans le champ éducatif, Dominique Cardon pour les aspects plus informatiques et Jean-Mars Merriaux pour les aspects éditoriaux. Un compte-rendu est en cours, je ne vous en dis pas plus, mais la discussion a fait émerger des éléments d'analyse des outils destinés à l'éducation vraiment pertinents.

J'ai eu un peu peur ce matin en constatant que la table-ronde avait repris sa forme conventionnelle, quoi que moins surpeuplée que les années précédentes. Est-ce parce que le chapiteau est moins confortable que l'amphi du Casino ? En tout cas une véritable discussion a remplacé la traditionnelle succession des présentations. Un enseignant du premier degré, une enseignante-chercheuse à l’Université Autonome de Mexico, Alain Thillay pour la DNE, Jennifer Elbaz de la société BrainPop et une représentante du Groupe EDITIS ont donc parlé ressources, accès aux ressources, production de ressources, modification de ressources, rôle des ressources numériques ... jusqu'à la n-ième présentation d'Eduthèque qui m'a fait lâcher l'affaire.

Bien m'en a pris. J'ai pu trouver un siège devant la table surpeuplée de François Jourde lors de l'explorcamp. C'est qu'il présentait son travail formidable sur le manuel augmenté. Il utilise Aurasma (gratuit et sur demande une licence premium pour les enseignants) pour ajouter à son manuel de philo des ressources complémentaires conçues par lui ou par ses élèves. Concrètement, ses élèves ouvrent l'application Aurasma pour scanner une page du manuel, et voient apparaître à certains endroits de la page des vidéos, des images, des icônes qui déclenchent des vidéos ou mènent sur des liens extérieurs, sites ou quizz. Ce qu'il a montré sur le manuel peut être fait avec des copies, la salle de classe ou n'importe quelle partie du monde réel, le tout avec une apparente facilité. Je suis impatiente de tester, et pour en savoir plus c'est ici.


J'ai vu aussi plusieurs enseignants montrer comment ils créent les capsules qu'ils utilisent en classe inversée, avec des Tellagami ou des vidéos créées avec Adobe Voice. Parmi eux, la charmante Marie Soulié.
Une collègue prof doc a enfin attiré mon attention avec la création d'une application de bibliothèque virtuelle au lycée, conçue avec AppYet.

Bon je vous laisse, j'ai un autre Explorcamp à écouter avant le barcamp de @frompennylane et @Batier.

lundi 25 août 2014

Résultats d'enquête "tablettes à l'école" 1/5 : les dispositifs matériels

Chose promise, chose dûe. J'ai demandé il y a quelques mois des volontaires pour répondre à mon enquêtes sur les usages des tablettes à l'école. Vous êtes une vingtaine à avoir accepté de participer à un entretien d'une petite heure et c'était passionnant. J'ai découvert des enseignants investis, passionnés, toujours en recherche du mieux pour les élèves. Et j'ai été effrayée de découvrir combien les conditions étaient difficiles pour enseigner avec des tablettes. Enseigner avec le numérique, c’est déjà compliqué : c’est intégrer dans un écosystème déjà riche de personnalités diverses, de conditions matérielles éclectiques, de contenus scientifiques parfois costaud, de points de didactiques délicats, un matériel qui marche parfois très bien (!!!) et une ouverture sur l’extérieur qui fait peur. Mais les tablettes… C’est plutôt une affaire de profs motivés ! Allez, je vous raconte ce que j'ai appris, avec l'idée d'en tirer quelques leçons sur les différentes façons d'intégrer les tablettes dans la classe.

Ce premier billet présente les différents dispositifs "tablettes" que j'ai rencontrés. Je raconterai dans un autre billet la façon dont les enseignants intègrent les tablettes dans leur dispositif d'enseignement. Je pense qu'il faut aussi raconter les difficultés qu'on rencontrées les enseignants et la façon dont ils ont surmonté les difficultés. Je terminerai par un bilan des besoins des enseignants et des préconisations de choix et d'organisation des tablettes.

Combien de tablettes ? 
Dans les classes, les dispositifs vont de une tablette pour le prof ou pour la classe à une tablette par élève.
  •  La tablette de l'enseignant, qu'il transporte avec lui entre ses classes, voire entre ses établissements (oui oui, il y a de plus en plus d'enseignants sur plusieurs établissements, de plus en plus de TZR, tout ces trucs hyper pratiques pour construire des projets, des pratiques de classe tout ça). 
  • La tablette de la classe, dont les élèves s'emparent plus ou moins régulièrement, que l'enseignant a gagnée, que l'école a achetée, qu'un parent a donnée...
  • Quelques tablettes obtenues, achetées, prêtées, d'OS parfois différents (la palme revient au collègue qui a deux Ipad, quelques tablettes windows, quelques Kindle Fire et des ipod touch). 
  • Une malette de 12, 15, 18 ou 20 tablettes soit une tablette pour deux, stockées dans un endroit qui permet théoriquement à chacun d'y accéder : la salle des maîtres, le CDI
  • une tablette par élève en classe, souvent dans deux mallettes très lourdes qu'il faut transporter entre son lieu de stockage et la classe.
  • une tablette qui est donnée pour l'année à chaque élève (merci le conseil général).

Et la connexion ? 
Les tablettes sont utilisées en classe comme des outils de création de contenus (photos, vidéos, texte, livres...) mais aussi de consultation. La connexion est donc importante. Souvent, les mallettes de tablettes sont donc accompagnées d'une borne wifi, parfois d'un ordinateur. Parfois, la salle de classe est équipée plus ou moins officiellement d'un wifi qui permet aux tablettes de se connecter. Mais il arrive aussi trop souvent que la direction de l'établissement interdise le wifi, ce qui rend un peu compliquée l'utilisation des tablettes. Mais pas impossible, remarquez bien, j’ai rencontré des débrouillards de chez débrouillards qui faisaient des merveilles : utiliser son téléphone personnel comme une antenne wifi lorsque son abonnement le permet, imaginer une utilisation déconnectée en classe, quitte à amener les tablettes chez lui pour trouver une connexion, ou monter un réseau inter-tablettes assez hallucinant d’inventivité (j’en parle dans le billet suivant).

Par ailleurs, les tablettes sont souvent connectées au vidéo projecteur soit directement par un cable (ce qui limite la mobilité) soit par bluetooth, soit via l'ordinateur. Ou alors pas du tout. Je n'ai pas rencontré d'enseignant utilisant une piratebox (un dispositif qui fait serveur et réseau wifi au sein de la classe) mais ça doit exister… 

Où trouver ce matériel ? 
L'origine du matériel n'est pas plus homogène que le reste. Si l'éducation nationale était nationale, ça se saurait. Chacun (qui est du métier) sait que le matériel est à la charge des collectivités. Parfois donc les tablettes sont fournies par le conseil général ou la région à chaque élève sans qu'aucun prof n'ait rien à demander ni rien à choisir d'ailleurs. Ailleurs, il faut répondre à un appel à projet de la collectivité, choisir son matériel et l'organisation du dispositif. Les CRDP (pardon : Canopée) prêtent aussi du matériel pour une période de 7 semaines en général, entre deux vacances. Certains établissements financent également les tablettes sur fond propre. Enfin, certains collègues dégourdis ont réussi à se faire prêter des tablettes par un établissement voisin qui ne savait pas quoi en faire (si si ça existe).


Les tablettes semblent être le dernier cri en matière d’équipement numérique des établissements scolaires. C’est en tout cas l’équipement le plus médiatique. Mais le passage de l’objet tablette dans les pratiques des enseignants et dans les mains des élèves est loin d’être facile. Je vous raconte ça dans un autre billet. 

mercredi 30 avril 2014

Recherche utilisateurs de tablettes à l'école...

Bonjour !

Y'a quelqu'un ???

Je dis ça parce que mon dernier billet date d'octobre 2013, il y a trois siècles numériques, largement assez longtemps pour que mon dernier lecteur se lasse et aille voir ailleurs s'il se passe quelque chose. J'ai des excuses. Je ne vous donne que la meilleure, ça vous fera économiser du temps.

Si vous ne voulez pas connaître ma super excuse, voici un petit lien pour aller directement à l'essentiel.

Cette année j'ai fait un master Architecture de l'Information.

Hé ouais. Ça claque. Architecte de l'information, ça fait tout de suite à la fois la fille qui maîtrise des compétences hypercompliquées et qui fait des choses un peu mystérieuses dans vous-ne-savez-pas-bien-quel-domaine d'ailleurs.
C'est pas faux C'est vrai (1).

Une architecte de l'information, c'est LA personne qu'il faut dans l'éducation nationale pour lutter contre la plateformite aigüe sans pour autant renoncer à aider les profs à intégrer le numérique dans leurs classe et, ce faisant, économiser des centaines de milliers d'euros.

Une architecte de l'information c'est LA personne qu'il faut dans un établissement pour organiser la communication profs / parents / élèves / administration sans multiplier les sites, les adresses, les mots de passe, de façon à ce que chacun y retrouve ses petits. 

Une architecte de l'information c'est LA personne qu'il faut dans les boîtes qui ne savent pas encore vraiment bien comment ils vont faire des trucs numériques pour l'éducation et qui, du coup, dépensent des sous dans des trucs sur lesquels les profs râlent.

Du coup j'ai trouvé un stage facile. Même deux, mais bon, une chose à la fois.

L'essentiel!



Mon stage consiste à penser une solution qui permette l'intégration des tablettes dans l'environnement scolaire (2).

Qui a dit "impossible" ? (3) OK, le défi est intéressant. Et pour le relever, j'ai besoin de vous.
L'architecture de l'information repose sur les besoins, les attentes, les capacités des utilisateurs. Du coup j'ai besoin d'utilisateurs (profs, élèves, parents) des tablettes à l'école (primaire, collège, lycée) qui acceptent de participer à un entretien de 45 mn à une heure. Si vous acceptez, outre ma reconnaissance éternelle, vous aurez droit à la primeur de mes conclusions non logicielles (parce que pour les conclusions logicielles il faut négocier avec mon patron...). Ça vaut le coup non ? Allez, j'attend votre mail à l'adresse cryptée suivante : caroline[point]jouneau_sion[arobase]ens-lyon[point]fr (4).

Bisous, et merci.
Je suis trop contente de vous retrouver !

(1) Ma grande fille regarde Kameloot en boucle en ce moment, je ne peux plus dire "C'est pas faux" sans avoir l'air d'une cruche.
(2) Au sens large : la maison c'est aussi un environnement scolaire si on y pense bien, la cuisine quand les gamins y font leurs devoirs par exemple. La rue est un environnement scolaire si on y fait une super activité de géographie conçue par le prof.
(3) @gduboz, c'est toi ???
(4) Remplacez [point] par . et [arobase] par @. Ah bon vous aviez deviné ? Pfff tout va trop vite ici...