samedi 20 mars 2010

Quelles relations profs - élèves aujourd'hui ?

Dans ma pratique professionnelle, je sens bien que mes relations avec mes élèves changent, dans la classe et hors la classe.

En classe : le cul entre deux chaises
 
Dans la classe, deux situations très contrastées : il arrive que la confiance domine, que les élèves s'engagent dans la situation pédagogique que j'ai préparée pour eux, et que je lâche prise sur leur travail, n'ayant qu'à les accompagner. Fabrication d'une affiche, d'un parcours sur Google maps ou mise en œuvre d'un projet de classe, ils choisissent leur stratégie, leurs partenaires, les outils qu'ils utilisent. Dans ce cas, la classe n'est pas silencieuse, ils parlent, rient même, voire, dans le cas de mes (excellents) élèves de 3ème Découverte professionnelle, clavardent et écoutent la musique pendant qu'on travaille.
D'autres fois c'est l'inverse : tension immédiate, affrontement même, de sorte que la consigne ne peut être transmise. Les voix montent, j'exige le silence absolu, je punis, je finis souvent par diriger le cours d'une main de fer.
D'entre deux, point. D'explications quant aux paramètres qui mènent à une situation plutôt qu'à une autre, j'en ai quelques unes que vous imaginez aussi bien que moi : l'heure, ce qui s'est passé l'heure d'avant, une hostilité quelconque... Mais ce qui m'intéresse en ce moment, c'est que je parviens moins bien qu'avant à gérer les situations de classe dans lesquelles je dois parler et eux, m'écouter. Et j'ai un bout d'explication. L'ordinateur, qu'il soit ouvert sur mon bureau ou que nous soyons en salle informatique, s'interpose entre les élèves et moi dès le début de l'heure. Il capte mon attention alors que je devrais fixer la leur en consacrant mon regard à établir le contact. Il capte la leur lorsqu'ils ont un ordinateur (même éteint) devant les yeux et sous les doigts.
D'autre part, je crois qu'il est difficile, dans le cadre (rigide) actuel du collège, de faire comprendre aux élèves qu'il y a un temps pour tout : un temps de silence pour écouter introductions et consignes, un temps de parole contrôlée pour les échanges et un temps de parole plus libre (mais réglementé quand même, vie en société oblige) lors du travail en groupe. Je n'y suis pas encore parvenue en tous cas, et je me sens moi-même désormais à la fois incapable d'exiger le silence total, et toujours incapable de parler dans le brouhaha. C'est bête hein ? Le cul entre deux chaise. Une prof et des élèves en transition.


Il y a eu jeudi dernier un moment où j'ai compris quand même que mes élèves de Découverte pro et moi avions trouvé un équilibre efficace en terme de gestion de la parole, mais que tout le monde n'en était pas encore là. Nous recevions deux responsables de communication d'une entreprise avec laquelle nous menons un projet, deux jeunes dames très sympas venues pour une réunion de travail. Le remue-méninge à voix haute, la prise de notes sur etherpad étaient parasitées par d'autres activités : clavardage, blagues à deux balles (mais toujours sur le sujet de notre réunion) et même préparation du conseil de classe pour la déléguée. Mais chacun, j'y veillais, participait aussi au travail commun. Eh bien la plus jeune des deux jeunes femmes, encore en formation, supportait visiblement très mal ce parasitage que je regardait quant à moi presque avec fierté, alors même que le travail avançait (autant qu'il pouvait dans une 8ème heure de cours le lendemain du forum des métiers). Je suis convaincue que mes élèves (ceux-là du moins) sont multitâche, tout à fait capable de mener certaines tâches en parallèle à d'autres. Bien sûr certaines activités exigent une entière concentration, et ils ne savent pas toujours faire la différence, et c'est là que j'interviens. Les outils que nous utilisons dans ce groupe (wiki, etherpad) sont des outils collaboratifs dans lesquels ma parole ne vaut pas plus que la leur, ce qui instaure un rapport de confiance plus que des relations hiérarchiques dans la classe.

Hors la classe : "Amis sur Facebook" ?

Hors de la classe, les relations changent aussi grâce / à cause des réseaux sociaux. J'ai été très mal à l'aise la première fois qu'un de mes élèves m'a invitée à devenir son "ami" sur Facebook. Moi qui habite dans la ville où je travaille, qui me mêle à mes élèves au quotidien (les anciens élèves baby sitter, les frères et soeurs des copains de mes enfants, les enfants des copains qui viennent manger à la maison...) je ne me voyais pas accepter dans mon réseau composé de mes amis, collègues, famille, relations de travail ces adolescents qui me rendent chêvre la journée.
Alors je me suis créé un compte Facebook spécial pour mes élèves et leurs parents, sur lequel je les accepte tous comme "amis". J'ai des surprises : telle minette qui m'enquiquine sans arrêt mais veut m'ajouter dans ses contacts, m'envoie des petits mots très gentils et m'invite à jouer avec elle ; tel autre qui me demande des infos sur le prochain contrôle ou commente la séance précédente (ça c'est plus rare). Mais que dois-je faire de ces nouvelles relations hors de la classe ? Je n'ai pas envie d'être pour eux une amie, j'ai en réalité une relation de pouvoir avec eux, quoi qu'on fasse. Quel impact peuvent avoir mes interventions dans leur vie privée sur Facebook ? Jusqu'où dois-je, puis-je ou dois-je m'interdire d'aller ? D'un autre côté, c'est assez sympa comme réseau : trouver le film, le dessin animé ou le jeu idéal pour commencer un cours devient un jeu d'enfant. M'enfin voilà. Les questions restent tout de même.


Voilà pourquoi je demandais tout à l'heure sur Twitter : "Je cherche un article de référence qui décrit l'impact des technos sur les relations profs-élèves. Vous avez des idées ?"
J'ai eu quelques réponses qui ne collent pas exactement à ma demande, mais dans lesquelles ont doit pouvoir trouver des pistes. Merci donc @jisee @FrancoisBourdon @formapsy @pierreservet pour leurs lumières 

Ils m'ont indiqué :
  • Un numéro de Recherches sur l'ordinateur en Français, que je n'ai pas lue (on me signale ce matin qu'elle est en ligne, sous le sommaire) mais dans lequel on trouve un article sur les familles et un autre sur l'ordinateur comme moyen de parler ensemble (promis je lis et je commente)
  • Un dossier d'actualité de l'INRP très complet qui est en ligne sur le site de la veille scientifique et technologique. Rien de spécifique sur les relations dans la classe, mais ont peut lire en filigrane quelques idées : le fait de maîtriser ses apprentissages et de recevoir un enseignement plus individualisé est susceptible de donner confiance aux "apprenants" et donc de limiter les tensions. 
  • (dimanche 21/03) Un ami me donne cette référence : Lebrun, M. (2007). Théories et méthodes pédagogiques pour enseigner et apprendre : Quelle place pour les TIC dans l'éducation ? (2 éd.). De Boeck, et notamment l'introduction. 
  • et quelques autres liens mais qui n'ont rien donné. A suivre donc, n'hésitez pas à indiquer les vôtres !

13 commentaires:

Gaël PLANTIN a dit…

Bonjour Caroline !

Votre constat recoupe, en bien des points, celui que j'aurais pu rédigé...

Pour ma part, je constate que mes apprenants :
* apprécient d'être guidé pas à pas : ils préfèrent un déroulé précis, un accompagnement sécurisant ;
* revendiquent leur autonomie à l'intérieur de cet accompagnement.

Je ressens cet état de fait comme :
* l'expression d'un besoin méthodologique, une volonté d'être pris par la main sur le Comment faire ? d'une part ;
* l'affirmation d'une certaine maturité dans la volonté d'exercer leur autonomie dans l'exercice de leur pratique.

En gros, je dois leur montrer comment faire avec précision, mais les laisser libre de ne conserver que l'esprit de ce que je cherche à leur transmettre.

Personnellement, je n'ai pas de compte Facebook et n'envisage pas d'en avoir.

Je suis joignable par Mail, mes apprenants le savent, libre à eux de me contacter...

Caroline Jouneau-Sion a dit…

Merci de ton commentaire Gaël. En effet il est difficile d'être à la fois non directif mais aussi assez "cadrant" pour rassurer et donner de la méthode. Je donne souvent la méthode d'un côté et la tâche de l'autre, mais ils ont parfois du mal à faire le lien. En fait ce n'est pas comme ça que j'ai appris à faire mon métier (ou alors je n'ai pas bien compris ce qu'on m'a appris ;-)) et les élèves n'ont pas encore l'habitude non plus, beaucoup de collègues sont encore très directifs.

Mme MERLIN a dit…

Salut Caroline...
Mon expérience rejoint la tienne par bien des angles. Ceci dit, si je corresponds par mail avec mes élèves et tchat éventuellement (toujours sur le gmail du collège) je n'accepte aucun collégien sur Facebook (pour le malaise que tu évoques), des anciens élèves oui par contre.
Pour les limites en classe, je reste permissive certaines heures et d'autres non, restant frustrée par leur incompréhension des LIMITES du clavardage et surfing en classe (je fais cours en salle pupitre). Donc souvent, je coupe tout. Comme tu dis, ça dépend de bcp de paramètres, ceux que tu as évoqués auxquels j'ajouterais mon propre état de fatigue et donc mes capacités de patience. Pas évident pour des collégiens, qui n'aspirent, que ça nous plaise ou non, qu'à la routine...

Mme MERLIN a dit…

J'oubliais! J'habite aussi dans la même "banlieue" que mes élèves et je trouve ça extrêmement important à titre pédagogique, humain, politique, etc... Je regrette souvent que nombre d'entre nous ne l'aient pas compris...

Caroline Jouneau-Sion a dit…

Merci Mme Merlin, flattée d'être citée dans ton blog

kritik a dit…

Bravo caroline pour cette capacité à analyser ce que tu vis avec tes élèves. Tu caches un chercheur dans le placard de ta classe ?

Pour répondre à ta question sur l'impact des TICE sur le travail enseignant il faut relever en effet que des travaux de recherche s'y sont intéressé. Ils montrent que les TICE peuvent effectivement conduire à changer le rôle de l'enseignant (ce n'est pas automatique, cela relève de ses choix). Les TICE peuvent être utilisées pour élaborer un milieu didactique qui permet à l'élève d'éprouver les stratégies qu'il adopte. Elles facilitent donc la mise en place de situations d'apprentissage de type investigation ou résolution de problème dans lesquelles l'élève peut s'engager de manière autonome. Elles permettent d'élaborer des situations d'apprentissage complexes qui échappent à un déterminisme simple (la réponse au problème n'est pas unique) et autorisent le développement de compétences.
A ce titre, les TIC ne diminuent pas l'importance de l'enseignant mais son rôle se voit grandi du fait que sa tâche est plus créatrice et plus rationnelle. le bricoleur (au sens de Levi Strauss devient ingénieur). De transmetteur d'information il devient concepteur de situations d'apprentissage et guide dans leur mise en œuvre. Son rôle est également important durant la phase d'institutionnalisation (débriefing) pour permettre l'articulation de la connaissance instrumentée avec la connaissance disciplinaire à enseigner.

Sur le forum des prof de SVT, les mois de janvier et février ont été consacrés à cette question.
http://garonne.ac-toulouse.fr/svt/phpBB/viewforum.php?f=106

A bientôt pour de nouvelles aventures didactiques, ES

Caroline Jouneau-Sion a dit…

Merci ES / Kritik de ce commentaire qui me remonte le moral : c'est donc normal que je n'y arrive pas tout de suite parce que c'est compliqué et que je dois passer, pas toute seule mais quand même, de bricoleuse à ingénieure. Mais je suis sur la bonne voie et j'en sortirai grandie. Y'a plus qu'à ! ;-)
Ah oui : le placard de ma classe vous est ouvert !

kritik a dit…

Pas toute seule !!! Il suffit de s'inscrire à un stage de formation continuée...
Pourquoi tout le monde s'esclaffe ? j'ai dit une bêtise ?
ES

Caroline Jouneau-Sion a dit…

Ci-dessous le commentaire de Pierre, reçu par courriel :

Si j'avais la solution je vous la donnerai de tout cœur ! Seulement 15
ans de métier, en seconde partie de carrière. En retraite depuis la 4e
année scolaire je garde des bons souvenirs et ceux que traçait
l'épuisement des heures de cours et encore ceux des classes difficiles.
Les Tice furent pour moi un appoint, j'avais réalisé de petits programmes
en pascal dès 1990, année de mon changement de carrière, à 45 ans et après
20 ans de fac (ingénieur en archéo). Débarqué en collège de Zep il m'a
fallu imaginer bcp pour survivre, puis vivre tout court et presque
m'épanouir. Rude, difficile mais enrichissant à tous points de vue. Une
année de 'brousse' à 130 km de chez moi, pointe de Givet. Puis 15 années
dans un lycée à base scientifico-techno-généraliste à Reims = Roosevelt,
l'un des plus grands lycée de France alors, toutes classes sauf L. Des classes les plus
changeantes, les plus variées, différentes de celles des deux autres
anciens lycées de centre ville, encore privilégiés si l'on se réfère à leur
population scolaire essentiellement représentée par la bourgeoisie urbaine.
Inventer en permanence m'a permis de tenir le coup. Sans doute aussi le
fait d'approcher différemment les élèves qu'un collègue n'ayant jamais
connu que les deux faces du bureau. Autant de réussite avec le bâton de
craie qu'avec l'ordi ou la diapo ou la télé. Autant d'échec aussi parfois.
Bien moins fatigant physiquement que l'archéo ce métier m'épuisait
pourtant. Des réalisations informatiques qui prennent un temps
considérable pour un résultat variable mais le métier ne peut se détacher
de la civilisation ambiante et "il faut bien vivre avec son temps". Des
élèves appréciaient, d'autres non. Dans certaines classes le cours
'normal', traditionnel, ancien recevait un accueil satisfaisant pourvu
qu'il ne soit pas pratiqué constamment et comme il est porteur de sens
(conforme à l'attente) pour ceux les élèves qui réussissent il me fallait également le
distribuer sous cette forme.
Je suis inquiet sur l'évolution prise par la techno de comm dans la société : les plus jeunes sont accros des écrans au point d'en tomber
malades : plus de recul par rapport au temps, à l'espace, à la convivialité sociale et une agitation permanente à cause du stress de
l'écran pourtant considéré comme loisir récréatif.

(la suite ...)

Caroline Jouneau-Sion a dit…

suite du message de Pierre )

L'enseignement perd du même coup son sens et après réflexion je crois qu'il ne faut employer les Tices qu'avec circonspection, laisser
aux jeunes des espaces libres de rêve, d'évasion momentanée, -j'irais jusqu'à dire même en classe, plutôt que de vouloir meubler et faire
participer à tout prix. Essayez parfois de commencer un cours en les laissant s'asseoir tranquillement (je rêve ?) et en racontant une histoire
de quelques minutes en lien avec le cours, même indirectement et vous
constaterez que la recette a du bon. Toute forme nouvelle d'expression
conviendrait aussi, y compris des sortes de jeux (j'ai utilisé parfois un
jeu de carte en entrée de cours : vous faites tirer une carte qui sera
d'une couleur donnée et en fonction d'une définition
préalable la couleur aura une correspondance de 'valeur'' : carreau = le
sol,
la rationalité, la science ; pique = la guerre, les révoltes ; cœur = les
passions ;
trèfle = tout ce qui se cultive, se transforme ... et à partir de là vous
demandez
à l'élève de retrouver un élément du cours d'avant qui correspond à cette
couleur. Ou bien vous faites la même chose 5 min. avant la fin du cours en
demandant de trouver la réponse dans le cours présent.
Etc, tout est bon à prendre pourvu qu'il y ait de la variation. Facile à
dire me
direz-vous plus qu'à faire ? Non, mais l'inventivité n'est pas permanente.
Bon assez bavardé. Par rapport à ce que j'ai pu voir de vos multiples
activités essayez peut-être aussi de décrocher un peu de l'écran. Je dis
d'autant mieux cela qu'en retraite je passe un nombre d'heures
considérable devant ce fichu écran et que cela finit par déranger la
santé. Mon refuge préféré en situation enseignante : les balades, la
lecture, la recherche en histoire et archéo, la peinture ou photos ; il y
a nécessité de s'évader.
http://boureux.fr
http://voirdit.blog.lemonde.fr

François le jardinier de Marandon a dit…

Pour ma part, les contacts Facebook (plutôt que le mot "ami"") sont réservés à mes anciens élèves s'ils en font la demande.Je garde ainsi le contact. Pour le réseau social je viens de créer une adresse Twitter "pro" que je vais communiquer aux élèves, c'est bcp plus soft et distant et ça suffit pour leur signaler des liens ou des infos.
@franz42

Emmanuel a dit…

Ce serait intéressant d'avoir un coin info, pour les moments de travail sur ordinateur, et un coin sans ordinateurs, pour les moments d'échange, de passation de consignes, de discussion, de présentation d'exposés, etc...
@Le_Gugu

Anonyme a dit…

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