lundi 7 septembre 2009

Le "tout numérique" à l'ère du tout ou rien

La presse se déchaîne en ce moment sur le thème du numérique à l'école. Chouette, ça m'intéresse. Le dernier en date, repéré par Philippe Watrelot dans sa revue de presse (quoi ? Je n'achète pas Libé dans un kiosque ???), me fait de nouveau réagir.

«L'école n'est pas prête à passer au tout-numérique»

Dit donc Libé aujourd'hui. Et moi qui suis prof dans un établissement équipé avec deux salles informatiques et demi (et quart, devrais-je dire : un PC en windows 98, ça compte pour la moitié d'un XP non ?) et de quelques vidéoProjecteurs non fixés, je me demande avec angoisse ce que Libé entend par "tout numérique", et appréhende quelque peu le passage du "no numérique" ou presque, au "tout numérique". Non, c'est faux : ce que j'appréhende réellement, c'est la remise en cause scientifique de mes méthodes pédagogiques plutôt investies par les TICE ces dernières années... et la remise en cause de l'équipement des écoles sous ce prétexte.


A la lecture, je me rassure : l'article évoque le manuel numérique, et la lecture uniquement sur support numérique qui semble n'être pas faite pour tout le monde . Mais, cher Libération, qui a parlé de ne lire que le manuel ? Pascale Gossin, maître de conférence en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Strasbourg, interviewée, semble l'avoir bien compris : dans une classe, un enseignant fait des tas d'autres trucs, en plus de faire lire le manuel. Et il y a aussi pas mal d'autres choses à travailler que la lecture avec les outils numériques : faire écrire, écouter, créer ...

Même à ce propos, l'article met en doute l'efficacité des outils numériques sur l'apprentissage : "Scientifiquement, ce n’est pas démontré".Et là, je suis entièrement d'accord !!! C'est la même chose avec les marteaux. Oui oui, je voudrais mettre en doute l'efficacité du marteau pour accrocher des tableaux au mur. C'est vrai, les faits le prouvent : clous tordus, trous dans le mur, doigts meurtris et tableaux qui tombent. Mais voilà : sont-ce les outils ou les situations dans lesquelles on les emploie ? Ou encore la compétence de ceux qui tiennent l'outil ? André Tricot, que j'ai entendu aux rencontres du CRAP cet été, disait : "l'usage des technologies ne peut être efficace que s'il part d'une situation pédagogique pensée" (je cite de mémoire). Autrement dit (et j'applaudis): au diable les outils, pourvu qu'on ait une situation pédagogique !". Oh là ! J'en vois certains sauter de joie... Mais cela ne signifie pas qu'on peut jeter les ordis à la poubelle ! Comme Pascale Gossin le suggère également, les enseignants n'ont plus le choix et doivent utiliser et former à l'utilisation des outils modernes de communication.


Et voilà, le problème est là : nous sommes formés à une pédagogie transmissive, alors que lesdits outils offrent un savoir (même désorganisé), suggèrent une mise en activité et une démarche autonome. Merci donc à l'article de Libé et à son interviewée de le souligner : il faut nous FORMER, poursuivre la recherche sur les usages des TICE et changer, que dis-je, révolutionner notre façon d'envisager l'école. Nous n'avons plus le choix : nous ne sommes plus les sources du savoir.


Note : Mon étonnement reste, tout de même : parler du "tout numérique" est, au vu de l'équipement de bien des écoles, des collèges et des lycées, un peu exagéré !

1 commentaire:

rainouard a dit…

Etrange cette sortie sur la pedagogie transmissive versus autonomie des drôles alors que lorsque vous commentiez les résultats des Landes ou l'autonomie des collégiens peut etre constatée par l'utilisation de leur portable (40%), vous sembliez dire que c'etait impossible a mettre en place et que ce chiffre etait exceptionnel.