samedi 1 septembre 2012

Eloge du bavardage

Ce billet répond (partiellement) à celui de Bruno Devauchelle intitulé "Rien à Dire ? Et pourtant...". Un billet qui m'interpelle, moi, reine des bavardes sur Twitter et ailleurs. 
Je suis une personne bavarde quand j'ai quelque chose à dire, mais je préfère le silence aux propos vains. Et pourtant le matin, il arrive que dans le silence de la maison endormie, je tweete un "Bonjour Twitterworld" comme @ticeman01 fait son RRRRRHHHHHHAAAAAAAA. Puis je remonte la TL (Timeline : la liste de tous les tweets postés par les gens auxquels je suis abonnée) et je retweete certains liens. Un coup d'oeil sur Facebook et tiens, un article intéressant ! Je commente et je partage. Entretemps @fmoreda a répondu à mon bonjour et signalé qu'aujourd'hui c'est préparation de (madeleines, chouquettes ou autre délice culinaire). S'ensuit un échange de recette avec @ymarvin27 qui se réveille, éventuellement de modèles de tricot avec @milasaintanne qui fait une insomnie matinale. Du bavardage. Mais je n'ai pas le temps de tricoter, leur dis-je, aujourd'hui c'est préparation de cours de 2nde sur xxx (y'a le choix, vous avez vu le programme ?). Mais ça tombe bien me dit @milasaintanne, j'ai lu un article là-dessus il est en ligne ici / il est pas en ligne je te le scanne. Et puis @lannoy29 qui a fini de nourrir sa tribu m'interpelle : ça l'intéresse, justement il était en train de préparer un truc là-dessus il m'envoie. On se retrouve sur Skype plus tard ? Et voilà une séance géniale qui se prépare, avec les documents magnifiques de Ghislain (oui c'est lui @Lannoy29) fan d'Apple, Itunes et autres trucs à la pomme, il sait en extraire le meilleur. Je ludifie, c'est mon truc, et on se partage le boulot. Les élèves vont adorer. Je tweete "J'adore travailler avec @lannoy29" et puis je coupe tout pour une balade réparatrice. Balade au cours de laquelle je trouve une cache que je logue avec l'appli Geocaching de mon téléphone, qui envoie l'info sur Twitter : "J'ai trouvé la cache du Puits du Suc #geocaching". "C'est quoi le geocaching ?" demande @freddav. En quelques tweets et un lien (une fois rentrée : je déteste tweeter quand je me balade sauf pour dire "devine où je suis" avec une photo-devinette qui permet de faire jouer mes camarades) j'explique le jeu et @latineloquere m'interpelle : "hé mais ça me donne des idées pour un projet au collège ! On s'en parle ?". Je rentre et dans ma boîte j'ai une carte postale (en esperanto) de @karinesperanto qui viendra bientôt me voir. Au goûter, la confiture de @vpaillas avec laquelle l'an dernier j'ai discuté de son projet de chronologie multimedia collaborative créative et numérique (elle savait, par un tweet désespéré de type "pffff je trouve pas de bon outil de chronologie en ligne", que je m'intéressais à la chose). Et puis je tricote une écharpe pour @2vanssay, écharpe rouge car je sais (par ses photos) que c'est une couleur qu'elle affectionne.

Alors, Bruno et quelques autres (y compris des amis très chers, hein @franz42 !), je comprends qu'il soit difficile de supporter nos bavardages, mais comprenez qu'ils ne sont pas vains. Ils construisent entre nous un lien assez fort, une connaissance de l'autre qui ressemble assez à un tableau impressionniste en ce qu'il dessine de l'autre un visage à petites touches de couleurs, mais un visage finalement assez précis qui contient à la fois le caractère, les centres d'intérêt, les compétences, la localisation, l'environnement... Se donner à voir, oui, afin que l'autre se découvre également. Ainsi, je sais précisément qui a besoin de quoi, qui est intéressé, qui peut m'aider, me conseiller, qui aura le regard suffisamment critique, et je n'hésite pas à les solliciter. Ces bavardages me font penser à ces cultures africaines dans lesquelles il est impensable de demander quelque chose à quelqu'un sans passer un très long moment à parler du temps, de la famille (le cousin xxx est parti s'installer à Bamako, avec sa femme et ses enfants), des amis (le frère de xxx a eu un poste dans l'administration), de la famille encore (et xxx a eu son troisième enfant). Cela permet de renforcer les liens sociaux, d'informer et de s'informer, information qui prendra tout son sens lorsque l'un des interlocuteurs aura besoin d'une famille d'accueil à Bamako pour que son fils puisse aller au lycée. Pour un européen, habitué à l'efficacité immédiate, c'est assez pénible. Et je comprends que nos bavardages soient difficiles à supporter. Mais il y a une possibilité sur les réseaux sociaux que bien des africains rêveraient de pouvoir exercer dans leur quotidien : celui de pouvoir "unfollow" sur Twitter ou de pouvoir supprimer de ses actualités Facebook les gens bavards. Bruno Devauchelle, je vous admire, je suis souvent convaincue par vos arguments et j'ai peu échangé avec vous sur les réseaux sociaux (vous êtes trop froid pour moi ça m'intimide). Et si mes "bonjour Twitterworld vous fatiguent, si mes "J'ai fait de la confiture de mûres" vous agacent, si mes "Devine d'où je te tweete" vous encombrent, unfollowez-moi je ne serai pas du tout vexée. Mais je ne renoncerai pas à mes bavardages. C'est autant de temps de gagné.

PS : Je n'ai pas parlé du live tweet que je pratique parfois. J'avoue que l'exercice est difficile, trop pour moi souvent. Mais j'adore prendre des notes (collaboratives, sur google docs ou etherpad) et voir un tweet me donner une idée ou une citation que j'ai loupée, ajouter un lien vers le site évoqué par le conférencier ou contredire ce dernier avec un argument bien senti. Je me sens au contraire bien plus présente à la conférence. Le soir, un petit Storify permet d'agréger mes notes et leurs Tweets en un compte-rendu de conférences à plusieurs mains, commenté, enrichi, qui se rapprochera davantage du travail de fond que du journalisme. En revanche je déteste quand je suis au café, au restau ou ailleurs avec quelqu'un et qu'il tweete ou me parle de ce qui se passe sur Twitter. Je me dis que l'autre est ailleurs, ça oui. J'essaie de le lui dire gentiment et de proposer une conversation plus intéressante que les bavardages de nos amis Twitter.

3 commentaires:

François le jardinier de Marandon a dit…

je te reconnais bien là, la twitteuse du 69 !-)), c'est tout à fait toi, en quelques lignes et quelques twitts. Gazouille, gazouille il en sort toujours quelque chose.

Caroline Jouneau-Sion a dit…

N'empêche tu as vu : je ne dis plus que très rarement "Bonjour Twitterworld" sauf quand tu es déco en Corse.

françoise a dit…

Bravo Caroline,
je suis tout à fait d'accord avec toi! Moi aussi je suis une bavarde sur les réseaux sociaux, j'y enrichis considérablement mon travail, et j'y construis en même temps des relations amicales d'une profondeur rare. Je comprends que, vu de l'extérieur, ce soit difficile à comprendre quand on ne le vit pas, et qu'on puisse en avoir une perception très superficielle. J'ai aussi cette impression que monsieur Devauchelle a une vision très réductrice des réseaux sociaux, qui ne se limitent vraiment pas à des propos vains et à une exposition indécente d'égos surdimensionnés: quelle caricature réductrice... On pourrait même trouver ça un peu blessant! Voir les réseaux sociaux comme un étalage narcissique, c'est un point de vue, mais le mien est opposé. Je considère qu'au contraire, c'est avant tout du partage, de la générosité, de l'entraide, de l'amitié puissance N. J'espère que M. Devauchelle changera d'avis en lisant ton superbe article qui décrit bien cela! Découvrir par exemple qu'on a eu exactement les mêmes idées de cours qu'une autre collègue qui est à l'autre bout de la France et échanger en même temps les photos de ses enfants avec elle, ou bien une blague, ou bien un lien avec un site pédagogique du tonnerre, ou encore une recette, etc, c'est beau, tout simplement. En tout cas merci pour ton article.