Des nouvelles de mon cours en ligne.
Il y a trois jours je me réjouissais des nombreux commentaires sur les cours que j'ai mis en ligne pour mes terminales. Les élèves posent des questions, se répondent les uns aux autres, ajoutent des exemples, des chiffres, ils débattent (Daesh est-elle un acteur de la mondialisation ?).
Il y a deux jours je râlais parce que deux élèves s'invectivaient (genre : "t'es bouché") et qu'un anonyme s'amusait un peu.
Aujourd'hui je fais un petit point "je suis déçue" en classe.
A la pause un élève contrit me demande si c'est de lui que je parle quand j'évoque un comportement décevant. C'est l'un de ceux qui s'énerve. Il s'explique : il ne pensait vraiment pas être désagréable. Il passe du temps sur internet, et c'est comme ça, sur internet. S'ensuit un échange sur ce qu'on préfère comme type d'échange, sur la confiance qu'on doit s'accorder, la bienveillance, le rôle qu'on peut avoir pour améliorer les relations humaines numériques, tout ça. Un bien joli moment. Ça sert à ça aussi la classe inversée !
Bonne nuit...
mercredi 16 septembre 2015
mardi 15 septembre 2015
Du plaisir de les voir travailler
J'ai deux classes de Seconde. Trente deux et trente trois élèves de 14 ou 15 ans parfois un peu remuants. Et depuis deux cours je les vois se pencher sur des documents, sur leur manuel, sur leurs téléphones, sur mon ordinateur. Ils discutent, argumentent, ça fait du bruit, les élèves qui travaillent...
Mais j'ai bien regardé : ils travaillent tous, sans exception. Parfois pas très efficacement mais j'interviens pour expliquer comment s'organiser. Mon défaut : je fonctionne trop par l'exemple, sur le moment je ne parviens pas à en rester à expliquer la méthode. Ca va plus vite, me dis-je, mais ce n'est pas très bon...
Allez, je vous donne le truc : ce qu'on appelle une "Tâche Complexe". Elle est prévue pour 2 heures, après un cours dialogué sur la transition démographique et ses conséquences. Les migrations émergent des questions des élèves. Une carte sur les migrations sort du chapeau (ou du manuel)
Pour m’aider à améliorer cette TaCo, c'est en commentaire que ça se passe ! (notamment : je voudrais bien éviter de les faire mentir...)
Mais j'ai bien regardé : ils travaillent tous, sans exception. Parfois pas très efficacement mais j'interviens pour expliquer comment s'organiser. Mon défaut : je fonctionne trop par l'exemple, sur le moment je ne parviens pas à en rester à expliquer la méthode. Ca va plus vite, me dis-je, mais ce n'est pas très bon...
Allez, je vous donne le truc : ce qu'on appelle une "Tâche Complexe". Elle est prévue pour 2 heures, après un cours dialogué sur la transition démographique et ses conséquences. Les migrations émergent des questions des élèves. Une carte sur les migrations sort du chapeau (ou du manuel)
J'envoie une vidéo sur l’arrivée des migrants à Ellis Island http://www.lesite.tv/videotheque/0209.0475.03-larrivee-des-immigrants-a-ellis-island
Ils doivent prendre des notes sur la vidéo (le thème : les migrations)
Ensuite je lance la situation présentée dans la consigne : vous êtes journaliste au NY Times (entre 1851 et 1914, une date au choix) et votre rédacteur en chef vous demande un reportage sur les migrants qui arrivent par milliers à NY. Il vous demande de raconter l'histoire d'un migrant depuis les raisons de son départ jusqu'à son installation aux Etats-Unis, en passant par la traversée et le passage à Ellis Island.
Hélas il vous demande tout ça sans vous donner ni le temps ni les moyens de vous rendre sur place... Vous allez donc faire ce qu'un journaliste ne doit JAMAIS faire : tricher et raconter une fiction qui ressemble de très près à la réalité. Pour que votre rédac chef ne s'en rende pas compte, appuyez-vous sur les documents rassemblés par votre documentaliste.
Mais quand même c'est vilain ce que vous faites... Mentir au public...
lundi 14 septembre 2015
Pédagogie, c'est reparti !
Un an, c'est le temps que j'ai passé sans écrire d'article. Cette année, je l'ai passé à mi-temps dans mon lycée*, avec une classe de super secondes (coucou !) et une autre avec deux terminales S (vous êtes super aussi les gars les filles mais lisez d'abord la suite).
Avec mes Terminales, nous avons découvert le programme d'histoire-géo et ses contraintes de temps. Et nous nous sommes souvent endormis mutuellement (quoi que j'ai une plus grande part de responsabilité...). Le chapitre qui m'a traumatisée s'intititule : "Proche et Moyen-Orient foyer de conflit depuis 1945" et doit être traité en ... 4 à 5 heures évaluation comprise. Vous comprenez notre douleur : pour que les élèves aient suffisamment d'éléments pour répondre à une composition ou pour faire une analyse de document qui peut tomber sur un conflit ou un autre, difficile de faire autre chose qu'un cours magistral (je n'ai pas dit impossible. Mais je n'ai pas réussi...).
Endormir les élève ne fait pas partie des trucs qui me font kiffer. Ça me donne juste envie de fuir ce métier en courant. Mais bon, même si j'ai de nouvelles compétences métier** j'aime encore enseigner, enfin je crois.
Cette année j'ai donc décidé d'essayer la classe inversée. Toute l'année, tous les cours. Epicétout.
En réalité, j'ai toujours clamé qu'enseigner c'était varier les plaisirs. Mais là, c'est un cas de force majeure.... et puis aussi, je crois que ce type d'enseignement demande une certaine régularité, quelque chose qui ressemble à un rituel. Du coup voilà ce que j'ai prévu :
* L'autre mi-temps j'ai travaillé à l'IFE sur un jeu, j'ai rédigé un mémoire en architecture de l'information et je me suis un peu occupée de mes petits. Du coup j'ai pas écrit...
** l'architecture de l'information. Vous me suivez ou non ?
*** J'avais déjà essayé Crocodoc mais ça ferme en novembre...
Avec mes Terminales, nous avons découvert le programme d'histoire-géo et ses contraintes de temps. Et nous nous sommes souvent endormis mutuellement (quoi que j'ai une plus grande part de responsabilité...). Le chapitre qui m'a traumatisée s'intititule : "Proche et Moyen-Orient foyer de conflit depuis 1945" et doit être traité en ... 4 à 5 heures évaluation comprise. Vous comprenez notre douleur : pour que les élèves aient suffisamment d'éléments pour répondre à une composition ou pour faire une analyse de document qui peut tomber sur un conflit ou un autre, difficile de faire autre chose qu'un cours magistral (je n'ai pas dit impossible. Mais je n'ai pas réussi...).
Endormir les élève ne fait pas partie des trucs qui me font kiffer. Ça me donne juste envie de fuir ce métier en courant. Mais bon, même si j'ai de nouvelles compétences métier** j'aime encore enseigner, enfin je crois.
Cette année j'ai donc décidé d'essayer la classe inversée. Toute l'année, tous les cours. Epicétout.
En réalité, j'ai toujours clamé qu'enseigner c'était varier les plaisirs. Mais là, c'est un cas de force majeure.... et puis aussi, je crois que ce type d'enseignement demande une certaine régularité, quelque chose qui ressemble à un rituel. Du coup voilà ce que j'ai prévu :
- 15 jours à l'avance :
- je mets un cours en ligne sur un google docs ouvert aux commentaires même non connecté (le mieux serait des comptes Google Edu mais on n'en a pas pour le moment)
- j'impose aux élèves de lire le cours et de faire au moins un commentaire : une question sur un truc incompris, un lien vers des informations complémentaires, avec l'actu, une reformulation si c'est mal expliqué ou une réponse au commentaire d'un autre élève. J'interviens peu, sauf pour réguler, demander des arguments, des chiffres etc... (et aussi, aujourd'hui, pour supprimer les commentaires débiles d'un élève anonyme et immature, va falloir repenser ça).
- ils doivent répondre à un quizz.
Le tout est accessible via le cahier de texte de l'ENT. Cela représente une heure à une heure trente de travail par quinzaine. Je note les commentaires (hé, on parle d'élèves qui sortent de 12 ans de scolarité notée, hein...).
- En classe :
- je reviens sur les questions, les débats, les trucs mal compris, les infos supplémentaires etc...
- on fait des exercices, de la méthodo, du lien.
J'ai commencé, ça discute ferme pour le moment. Ceci dit je vois déjà quelques problèmes :
- les élèves qui ne lisent pas le cours sont vraiment dans une grosse panade parce qu'un cours magistral à un élève endormi vaut mieux, pour cet élève, que pas de cours du tout.
- certains élèves me disent ne pas pouvoir imprimer le cours, et un élève ne peut pas avoir internet. Il faut que j'imprime, donc...
- le système "google docs ouverts"*** laisse la porte ouverte aux &#!%#§ qui mettent des commentaires débiles. Et nos élèves ne sont pas forcément très habitués aux règles de discussion. Ce que j'ai lu aujourd'hui, ce sont de jeunes passionnés qui en viennent parfois à l'invective. Difficile de modérer sans étouffer la conversation !
- Il ne faut pas ajouter de travail supplémentaire. Mais la tentation est grande ! :-)
Je vous tiens au courant !
* L'autre mi-temps j'ai travaillé à l'IFE sur un jeu, j'ai rédigé un mémoire en architecture de l'information et je me suis un peu occupée de mes petits. Du coup j'ai pas écrit...
** l'architecture de l'information. Vous me suivez ou non ?
*** J'avais déjà essayé Crocodoc mais ça ferme en novembre...
vendredi 26 septembre 2014
Terminales On Air !
Vous avez déjà eu Education Civique, Juridique et Sociale avec des Terminales ? C'est pas rigolo... L'ECJS n'est pas au bac, ils considèrent donc très souvent que c'est une perte de temps. On pourrait imaginer qu'ils apprécient cet espace de liberté, sans pression, dans lequel on apprend à penser, à argumenter, sur des sujets en prise avec l'actualité.
Peut-être est-ce juste parce que je ne sais pas m'y prendre, mais avec mes élèves de terminale, ça n'est jamais le cas. Ils n'ont pas envie.
Alors je me suis inspirée ailleurs, chez mon copain Jean-Pierre Meyniac. Il propose deux types d'activité : une revue de presse d'abord, et un jeu de rôle débat. J'ai décidé de transformer ces activités en émissions de radio.
Chaque groupe de 2 ou 3 présentera donc sa revue de presse "on air" grâce à un outil présenté par Marie Soulié à Ludovia : Mixlr.
Tout à l'heure, on s'entraîne. On trouve aussi un nom pour la radio, un ou deux slogans, et hop !
Je vous raconterai !
Peut-être est-ce juste parce que je ne sais pas m'y prendre, mais avec mes élèves de terminale, ça n'est jamais le cas. Ils n'ont pas envie.
Alors je me suis inspirée ailleurs, chez mon copain Jean-Pierre Meyniac. Il propose deux types d'activité : une revue de presse d'abord, et un jeu de rôle débat. J'ai décidé de transformer ces activités en émissions de radio.
Chaque groupe de 2 ou 3 présentera donc sa revue de presse "on air" grâce à un outil présenté par Marie Soulié à Ludovia : Mixlr.
Tout à l'heure, on s'entraîne. On trouve aussi un nom pour la radio, un ou deux slogans, et hop !
Je vous raconterai !
mercredi 24 septembre 2014
J'ai flippé ma classroom !
Ca fait longtemps que j'y pense et ça y est, je me suis lancée : j'ai renversé ma classe. J'ai hésité de longues années. D'abord parce que ça demande du temps et que ça n'est pas le truc que j'ai le plus ces dernières années (et ce n'est pas uniquement la faute des #twins). Ensuite parce que je suis convaincue qu'une mauvaise classe inversée est pire, mais alors vraiment pire qu'un mauvais cours magistral.
Allez, je développe d'abord mes appréhensions* et ensuite je vous raconte le pied que j'ai pris. Je suis forte en teasing, non ?
Ben alors, me direz-vous, qu'attendais-tu pour te lancer ???
Vous avez déjà eu des élèves ? Oui ? Alors vous saurez de quoi je parle quand je dis que je ne suis pas du tout sûre que chacun de mes 33 (trente-trois) élèves de TS va lire le texte, ou regarder la vidéo, ou écouter le podcast que je vais lui envoyer. Alors quand cet élève (je mets au singulier par pur optimisme, mais vous aurez traduit un pluriel de malade, un pluriel genre 2/3 de la classe), quand cet élève qui n'a pas lu le cours arrivera en classe pour faire la fascinante activité que je lui ai concoctée pour utiliser les connaissances qu'il est censées avoir lues / écoutées / regardées auparavant... Ben non seulement l'activité va lui passer bien au-dessus de la tête, mais en plus il n'aura pas même entendu parler de loin, dans le brouillard et d'une seule oreille du contenu du cours.
Bien pire qu'un mauvais cours magistral. Je vous l'avais dit, vous ne me croyez jamais.
Et pourtant...
Allez, je vous raconte.
La semaine dernière, j'ai envoyé un mail à tous mes élèves de terminale (enfin, tous ceux qui m'ont envoyé leur adresse, autrement dit pas tous) contenant :
Pour conclure, j'ai conscience de ne pas respecter les canons de la flipped classroom : pas de tâche complexe ici, par exemple. M'en fiche. Je fais mon boulot de prof de terminale, pas ma faute si le bac est un truc de naze. J'ai conscience aussi d'enseigner dans un établissement de rêve, avec des élèves bien éduqués sur lesquels on a prise, d'une manière ou d'une autre. N'empêche, je suis contente de moi. Et je vais me coucher !
* En revanche je ne vais pas vous expliquer les canons de la flipped classroom, vous en trouverez une description ici et là (avec une superbe infographie).
** Vous voyez le tableau ? J'en rajoute un peu, juste pour le plaisir.
Allez, je développe d'abord mes appréhensions* et ensuite je vous raconte le pied que j'ai pris. Je suis forte en teasing, non ?
Le temps d'abord.
Pour faire une classe inversée, il faut AN_TI_CI_PER. Hors de question de filer une vidéo ou un cours la veille pour le lendemain. Hors de question aussi que ça prenne trop de temps de travail à la maison pour les élèves. Cela signifie concrètement que vous avez toujours un cours d'avance. Et moi, un cours d'avance, euh, comment dire ça ? Je ne sais pas bien comment ça fait d'avoir un cours d'avance. Et je ne vous parle pas des activités de classe que vous devez préparer. On est loin de l'activité du livre de type "répondre aux questions", et ça prend quelques heures pour imaginer et concevoir quelque chose qui permette de mobiliser les connaissances acquises avant le cours pour travailler des compétences ciblées et les moyens de les évaluer. Oubliez les 35 heures.L'efficacité du dispositif ensuite.
Je vais vous avouer un autre aspect assez peu reluisant de ma pratique professionnelle (et qui est assez gênant pour un prof d'histoire) : je ne sais pas très bien raconter. Ca m'arrive de faire ça bien, mais c'est assez rare. Alors le cours magistral et moi, ça fait deux. En plus je m'ennuie grave, et j'aime pas trop m'ennuyer (vous l'aviez deviné, ça, non ?). En seconde, j'invente des situations d'apprentissage rigolotes, des tâches complexes avec parfois des cours plus traditionnels mais beaucoup d'autonomie des élèves. Mes cours de terminale en revanche... sont parfois une vraie souffrance pour moi ... et pour mes élèves que je vois piquer du nez en baillant. Ben oui, le programme ne nous laisse pas trop le temps de rigoler, même pour travailler.Ben alors, me direz-vous, qu'attendais-tu pour te lancer ???
Vous avez déjà eu des élèves ? Oui ? Alors vous saurez de quoi je parle quand je dis que je ne suis pas du tout sûre que chacun de mes 33 (trente-trois) élèves de TS va lire le texte, ou regarder la vidéo, ou écouter le podcast que je vais lui envoyer. Alors quand cet élève (je mets au singulier par pur optimisme, mais vous aurez traduit un pluriel de malade, un pluriel genre 2/3 de la classe), quand cet élève qui n'a pas lu le cours arrivera en classe pour faire la fascinante activité que je lui ai concoctée pour utiliser les connaissances qu'il est censées avoir lues / écoutées / regardées auparavant... Ben non seulement l'activité va lui passer bien au-dessus de la tête, mais en plus il n'aura pas même entendu parler de loin, dans le brouillard et d'une seule oreille du contenu du cours.
Bien pire qu'un mauvais cours magistral. Je vous l'avais dit, vous ne me croyez jamais.
Et pourtant...
Allez, je vous raconte.
Mon premier cours inversé.
Une semaine avant
D'abord une précision : je suis dans un établissement où les élèves sont tous équipés et connectés. Des privilégiés, en somme.La semaine dernière, j'ai envoyé un mail à tous mes élèves de terminale (enfin, tous ceux qui m'ont envoyé leur adresse, autrement dit pas tous) contenant :
- un lien vers mon cours "crocodoc-é". Crocodoc est un service en ligne qui permet de donner accès à des document texte ou pdf qui sont annotables. Je me suis créé un compte personnel qui me permet d'archiver les documents dans des dossiers que je peux partager.
- Des consignes : annoter le cours en posant des questions, en y répondant, en ajoutant des informations supplémentaires. Ces commentaires font l'objet d'une note trimestrielle (je sais, la note c'est le mal. Mais moi je ne peux pas tout faire en même temps).
- Imprimer le cours ou me demander de l'imprimer.
Durant la semaine qui vient de s'écouler, je n'ai pas pu résister : j'ai répondu aux questions posées dans les commentaires. Mais en réalité, il aurait fallu que je laisse les élèves se répondre les uns aux autres. Bon, c'était trop bon de discuter histoire avec les élèves, j'ai craqué, voilà.
Et puis aujourd'hui, j'ai préparé ma séance de classe.
J'ai fait l'inventaire des élèves qui ont commenté.
Aïe.
J'ai 33 élèves, 9 ont commenté. Combien j'avais dit tout à l'heure ? Les 2/3 de la classe qui n'auraient pas lu le cours ? Allez, sursum corda, après tout ils auraient pu lire sans commenter.
L'avantage, c'est que je n'ai pas mis longtemps à lire les commentaires, relever les points qui posaient visiblement encore problème, et à préparer mes réponses.
Pour faire face à toute éventualité du genre "J'ai pas lu madââââme" j'ai aussi imprimé 24 exemplaires du cours. J'ai deux classes de terminale, je pourrai les utiliser avec l'autre. Chasse au gaspi !
Et je suis arrivée un peu stressée dans ma salle de classe pour les deux heures de cours d'histoire.
En classe
Je n'ai engueulé personne.
Je n'ai engueulé aucun des 24 élèves qui n'ont pas commenté.
Je n'ai engueulé aucun des 15 élèves qui m'ont avoué n'avoir pas lu.
Je n'ai pas engueulé celui qui m'a dit : "Je n'ai rien reçu. Mais je ne vous ai pas envoyé mon mail, non plus".
J'ai un tout petit peu râlé sur celui qui m'a dit "j'ai pas réussi à ouvrir le lien" parce qu'il avait une semaine pour me signaler le problème. Un peu seulement.
J'ai seulement distribué le cours aux 15 qui n'ont pas lu, je les ai regroupés au fond de la classe avec pour mission de lire (et comme ce sont de chouettes élèves bien élevés, ils n'ont pas fait de bruit).
Les autres, j'ai expliqué les points qui semblaient poser problème. Ensuite, j'ai distribué un exercice de type bac, un commentaire de texte qui mobilise les connaissances du cours. On a travaillé la méthode, les élèves du fond nous ont rejoint peu à peu. Et ils sont partis dans la réalisation de l'exercice. Vous m'auriez vue, c'était pas beau à voir : rouge, échevelée, essoufflée, je courais entre les tables pour répondre aux mains levées, le front perlé, la langue pendante, le T.shirt déchiré au coin d'une table pendouillant lamentablement sur mon flanc.
C'était laborieux : si les élèves qui ont lu avançaient bien, j'ai ressenti de la part des élèves beaucoup de frustration au début devant la difficulté d'utiliser des connaissances qu'on ne maîtrise pas vraiment (faute d'avoir passé du temps dessus) pour mettre en oeuvre une méthode qu'on découvre. Mais à un moment, le déclic a eu lieu et j'ai vu des lumières dans les yeux. Des gens se lever et aller expliquer à la table voisine. Des élèves penchés sur leur texte, passer du document au cours en suçotant leur crayon**.
Finalement, ça a marché. Je pense que je recommencerai assez vite parce qu'ils me semblaient tous avoir compris l'intérêt de ce type de dispositif, et que je pense que l'habitude ne peut pas nuire dans ce contexte-là. Mais avant, j'ai prévu une évaluation sur le cours lors de la prochaine séance. Un autre document à étudier par exemple, pour être sûre que le cours est maîtrisé.
Pour conclure, j'ai conscience de ne pas respecter les canons de la flipped classroom : pas de tâche complexe ici, par exemple. M'en fiche. Je fais mon boulot de prof de terminale, pas ma faute si le bac est un truc de naze. J'ai conscience aussi d'enseigner dans un établissement de rêve, avec des élèves bien éduqués sur lesquels on a prise, d'une manière ou d'une autre. N'empêche, je suis contente de moi. Et je vais me coucher !
* En revanche je ne vais pas vous expliquer les canons de la flipped classroom, vous en trouverez une description ici et là (avec une superbe infographie).
** Vous voyez le tableau ? J'en rajoute un peu, juste pour le plaisir.
dimanche 14 septembre 2014
Jouer à Classcraft avec mes secondes : épisode 2 Commencer à jouer
J'ai donc commencé à jouer à Classcraft*. Pour lancer le jeu, j'ai suivi à la lettre les conseils donnés sur la plateforme :
- J'ai expliqué pourquoi je jouais (c'est expliqué là, mais j'ai simplifié : j'ai pas envie de passer mon temps à vous botter les fesses et j'ai envie de valoriser ce que vous faites déjà très bien).
- J'ai présenté les règles du jeu, dont j'ai distribué une version simplifiée. Ce sont des règles du jeu provisoires, parce qu'il va falloir intégrer le jeu dans le lycée, et donc les règles du jeu dans le règlement intérieur.
- J'ai fait signer le "pacte des héros" aux élèves volontaires pour jouer (je précise ici qu'il est impossible de jouer à moins de 5 élèves mais tout à fait possible de jouer alors que tout les élèves ne jouent pas.
- et je leur ai demandé leur adresse mail. J'en attends toujours 5. Et aussi de me constituer des équipes équilibrées.
Ensuite j'ai profité du reste de la semaine pour aller voir mes chefs pour avoir leur autorisation d'utiliser la plateforme. Pas l'autorisation de jouer, hein ! Celle-là je l'avais déjà prise toute seule. C'est expliqué dans l'épisode 1.
Et puis j'ai pris une heure de mon précieux temps. Pas l'heure suivante : ils avaient oublié mon histoire d'équipes. Mais bon, une remarque par ci ("Oh, je t'aurais bien ajouté 10 XP mais je peux pas : vous n'avez pas fait les équipes"**) et une remarque par là ("Oh, si tu avais le pouvoir de Foi Ardente tu pourrais me demander confirmation que ta réponse est la bonne"**), et la fois suivante a été consacrée à l'enregistrement des équipes, à trouver un nom, à répartir les rôles, à choisir son premier pouvoir. A défaut de faire de l'histoire ou de la géo, ils ont fait de la stratégie... Espérons que je vais gagner du temps plus tard parce que le jeu aura boosté les troupes et supprimé à tout jamais tout problème de disciplines et toute tentative de traîner la patte...
Et puis il y a eu ECJS.... Premier thème : Citoyenneté et civilité. exercice d'application : intégrer Classcraft dans le lycée. Autrement dit : vérifier que les règles sont compatibles avec le règlement intérieur (Ah bon, c'est pas compatible ? Ca alors !), et pourquoi donc ces règles-là dans le RI, et pourquoi ce RI est prioritaire, et comment faire pour adapter les règles ? Quel est l'objectif de cette règle, quel est son impact sur l'environnement de la classe, sur l'élève ? Du coup, quelle règle pourrait remplacer ?
C'est-y pas beau ça ?
Aujourd'hui, j'ai inscrit mes élèves sur la plateforme https://game.classcraft.com/. Et demain, je me connecterai sur MON ordi (ben oui, il faut Chrome et y'a pas Chrome sur les ordis du lycée) avec la connexion partagée de mon smartphone (Ben oui, le réseau est protégé). Mais ensuite j'ai rendez-vous avec un collègue responsable du réseau et il va m'arranger tout ça. Pas vrai Joani ?
Je suis pressée de lancer le premier événement aléatoire qui ouvrira chacun de mes cours dorénavant. En espérant ne pas être obligée de chanter...
* Pourquoi je joue à Classcraft ? C'est écrit ici
** Qui a dit que j'étais manipulatrice ??? C'est c'ti qui le dit qu'y est !
Jouer à Classcraft avec mes secondes : épisode 1 Pourquoi je joue ?
Oh purée que c'est bon de retrouver des élèves !!! C'est vrai, ils sont jeunes, frais, enthousiastes... Oui mais hum... en entretiens individuels lors de leur rentrée, j'ai entendu des trucs qui m'ont inquiétée :
- Je ne sais pas m'arrêter de bavarder (5x)
- Je voulais aller en lycée professionnel (2x)
- Je suis nul(le) en maths (218 X sur 35 élèves)
- Je suis nul(le) en (français, sciences physiques, etc...) (12x)
Et puis j'ai ouvert la porte de la salle voisine où les 34 élèves qui n'étaient pas en entretien individuel travaillaient déjà. Et là... J'ai refermé la porte.
35 élèves de seconde dont 7 bavards (5 honnêtes et 2 qui essaient de le cacher), 2 qui ne se sentent pas à leur place (au moins) et 250 qui doutent de leurs capacités... J'ai eu envie de fuir. Je me suis sentie perdue, moi qui déteste punir, sanctionner, qui a une tendance maladive à comprendre pourquoi ____________ (complétez par vous-même : j'ai pas mes affaires, j'ai pas fait mon travail, je parlais à mon copain, j'ai pas appris, j'ai oublié, je vous jure) .
Et puis j'ai respiré un coup et pris une grande décision : je vais jouer à Classcraft avec mes 205.
Classcraft c'est un jeu de gestion de classe créé par mon copain Shawn Young (oui tu as bien lu, internaute : je me la pète, Shawn est mon copain on a bu des coups ensemble et il m'a vue en pyjama. Hé ouais). Vous lirez les règles ici et vous pourrez même vous créer un compte gratuitement pour voir.
Premier cours. Je présente ma façon d'envisager l'année et puis, le coeur battant, je leur explique le jeu. Le coeur battant ??? Mais pourquoi donc ??? Jouer avec mes élèves j'ai déjà fait plein de fois ! Oui mais là....
Je vous l'avais dit qu'ils étaient chouettes mes chefs.
Prochain article : comment j'ai lancé Classcraft dans ma 205.
- Je ne sais pas m'arrêter de bavarder (5x)
- Je voulais aller en lycée professionnel (2x)
- Je suis nul(le) en maths (218 X sur 35 élèves)
- Je suis nul(le) en (français, sciences physiques, etc...) (12x)
Et puis j'ai ouvert la porte de la salle voisine où les 34 élèves qui n'étaient pas en entretien individuel travaillaient déjà. Et là... J'ai refermé la porte.
35 élèves de seconde dont 7 bavards (5 honnêtes et 2 qui essaient de le cacher), 2 qui ne se sentent pas à leur place (au moins) et 250 qui doutent de leurs capacités... J'ai eu envie de fuir. Je me suis sentie perdue, moi qui déteste punir, sanctionner, qui a une tendance maladive à comprendre pourquoi ____________ (complétez par vous-même : j'ai pas mes affaires, j'ai pas fait mon travail, je parlais à mon copain, j'ai pas appris, j'ai oublié, je vous jure) .
Et puis j'ai respiré un coup et pris une grande décision : je vais jouer à Classcraft avec mes 205.
Premier cours. Je présente ma façon d'envisager l'année et puis, le coeur battant, je leur explique le jeu. Le coeur battant ??? Mais pourquoi donc ??? Jouer avec mes élèves j'ai déjà fait plein de fois ! Oui mais là....
- c'est un jeu sur l'année. Si je me plante, argh.
- c'est un jeu qui nécessite un accès en classe, à chaque cours, à la plateforme en ligne qu ine fonctionne que sous Chrome. Et moi je suis dans un établissement scolaire. Vous voyez un peu l'angoisse ?
- c'est un jeu et moi je suis prof avec un programme : est-ce que je vais perdre ou gagner du temps ?
- est-ce que mes chefs vont accepter que j'utilise la version complète (gratuite mais... regardez les conditions de la version freemium) ?
et puis surtout :
- est-ce que ça va fonctionner avec mes élèves ?
J'ai commencé par argumenter auprès des chefs qui, je l'avoue, ont bien fait leur boulot en regardant les règles du jeu et en m'accordant une heure. Leurs questions sont intéressantes :
- Est-ce que ça ne crée pas une exception parmi les élèves dans l'application d'une règle commune au lycée ?
- Certaines règles sont contraires au règlement intérieur. On fait comment ?
- Certaines règles prévoient d'ajouter 5 ou 10mn de temps supplémentaire à un devoir sur table. Est-ce juste, alors que les élèves constituent un épais dossier pour obtenir un tiers-temps ?
- Ces règles qui ajoutent ou suppriment du temps pour faire les devoirs sur table mélangent le pédagogique et le disciplinaire.
Mais ils ont visiblement été sensibles à mes arguments puisque je joue avec leur soutien. Et mon argument principal a été : Je joue ou je meurs Je joue pour qu'ils se mettent au travail sans que j'aie à leur botter les fesses.
Donc on joue, avec le version freemium qui nous permet de modifier les règles du jeu et d'avoir des forums sur le site du jeu, pour les trucs les plus notables. A condition que je signale aux élèves qu'acheter des trucs dans le jeu n'est pas souhaitable vu qu'ils peuvent les avoir gratos, et que je fasse une info aux parents.
Je vous l'avais dit qu'ils étaient chouettes mes chefs.
Prochain article : comment j'ai lancé Classcraft dans ma 205.
Inscription à :
Articles (Atom)


