dimanche 30 août 2009

Enquête des Landes : quelles conclusions en tirer pour l'ordinateur à l'école ?

J'ai un peu de mal à m'exprimer sur le sujet alors que Lyonel Kaufmann, Philippe Watrelot, Bruno Devauchelle et Mario Asselin l'ont déjà brillamment analysé, mais la lecture des articles de presse sur le sujet me font sortir de mes gonds.

  • Sur le plan méthodologique d'abord :

- toujours les mêmes chiffres, les mêmes extraits d'interview... ça sent le copier-coller !
Appliquons donc la méthode du prof quand il sent le même parfum dans une copie d'élèves : le copier-coller d'un extrait [ici : de la dépêche AFp, parce que je soupçonnais déjà la source]


- les journalistes ont choisi les chiffres pour donner l'opinion qu'ils portent. Remarquez, l'inverse prend un peu plus de temps, surtout si on se tape la lecture des 116 pages du rapport quantitatif complet et les 159 pages de l'enquête qualitative.
J'ai donc envie de tenter un exercice de style et de reformuler leurs chiffres...

1er bilan de l'opération "Un élève, un ordinateur" L'expérience menée dans le département des Landes depuis 2002 ne semble pas probante (- France 3 Aquitaine -)

F3 - Selon l'enquête présentée ce mardi à Ludovia, université d'été consacrée aux applications multimédia pédagogiques, si plus de la moitié des professeurs (57 %) déclarent utiliser leur ordinateur à au moins un cours sur deux, ils ne sont que 45 % à estimer que cet outil offre de nouvelles possibilités d'enseignement.

A moi maintenant : Selon l'enquête présentée ce mardi à Ludovia, alors qu'en 2001 l'usage de l'ordinateur en classe relevait de quelques pionniers militants, ils sont aujourd'hui plus de la moitié (57%) à utiliser l'ordinateur au moins un cours sur deux, et 45% à estimer que cet outil offre de nouvelles possibilités d'enseignement"


F3- Moins d'un enseignant sur deux (40 %) déclare avoir demandé aux collégiens de se servir de leur ordinateur au cours des deux semaines précédant l'enquête. Les élèves ont le sentiment que c'est beaucoup moins fréquent et sont 25 % à déclarer s'en être servi dans le même temps. Par ailleurs, l'enquête révèle qu'internet est rarement utilisé en classe.

A moi ! Presque un enseignant sur deux (41%) a demandé aux collégiens de se servir de leur ordinateur au cours des deux semaines précédant l'enquête. Ce qui est un exploit étant donné ce que cela implique comme compétences de la part de l'enseignant : penser un cours dans lequel il n'est plus la source du savoir mais dans lequel l'élève apprend à chercher, organiser et communiquer ses connaissances, maîtriser un environnement technologique pour lequel il n'a pas été formé, gérer une classe composée d'adolescents pour lesquels l'école n'est franchement pas la préoccupation première, mais qui peuvent en remontrer à leur prof quant à la maîtrise de l'outil, maîtriser son temps faute de quoi son inspecteur pourrait lui reprocher de n'avoir pas fait son travail de fonctionnaire, le tout sans passer sa vie personnelle collé devant un écran d'ordinateur. Je sais je sais, un journaliste dispose d'un nombre limité de caractères et n'a pas vraiment le temps de venir dans les classes...
Voir page 62 du rapport complet

F3 - S'ils pensent à 66 % que l'ordinateur augmente la motivation des élèves, pour plus d'un professeur sur deux, il alourdit les tâches de gestion et de surveillance (55 %) et il sert trop à jouer et trop peu à travailler (52 %).

A moi : ils pensent à 66 % que l'ordinateur augmente la motivation des élèves. pour plus d'un professeur sur deux, pour plus d'un professeur sur deux, il alourdit les tâches de gestion et de surveillance (55 %), il sert trop à jouer et trop peu à travailler (52 %). Pourtant les études montrent que jouer permet aussi d'apprendre, comme le prouve cette récente enquête européenne. Il reste encore à diffuser ces pratiques afin de rassurer les enseignants : l'ordinateur hors de la classe permet encore d'apprendre, et jouer peut faire partie des pratiques de classe. Ces résultats montrent également le manque de confiance des enseignants (et des parents) envers leurs élèves dont ils craignent de les voir s'échapper sur internet.

J'oubliais un "détail" :

F3 - "L'instance départementale a investi 45 millions d'euros depuis 2001 pour l'opération, hors coûts de fonctionnement. "

et je lis sur le site de Landes interactives

Mais 2 millions d'euros, c'est presque rien...

(les autres titres :
Bilan mitigé pour l'opération «Un collégien, un ordinateur portable» dans les Landes (LeMondeInformatique.fr)
Bilan en demi-teinte pour l'opération « Un collégien, un ordinateur portable » dans les Landes (01.net)
L'ordinateur n'a pas réussi son entrée à l'école (Le Figaro)
Utiliser un ordinateur en classe n'enrichit pas l'enseignement (Le NouvelObs.com))
[Je m'aperçois un peu tard que le Café pédagogique a déjà pratiqué l'exercice avec plus de bonheur !]
  • Quant aux leçons à en tirer sur l'enseignement et la place des TICE...

"Utiliser un ordinateur en classe n'enrichit pas l'enseignement", dit Le NouvelObs.com, en utilisant un extrait d'une interview de PL Ghavam-Nejad, responsable des nouvelles technologies au Conseil Général des Landes, qui dit : "L'ordinateur ne modifie pas les pratiques enseignantes, les enseignants l'intègrent pour reproduire ces pratiques et répliquer les cours magistraux". Il a raison : 32% des enseignants qui ont répondu déclarent ne pas percevoir l'utilité pédagogique, et les usages principaux consistent à projeter les documents, la trace écrite ou les énoncés (p77 du rapport qualitatif ), dans un rapport prof / élèves qui reste frontal et transmissif. Mais se limiter à cette citation c'est tout de même oublier la dynamique engendrée par l'opération : "à partir du moment où on est équipé, on s'implique" (p76) et "Donc j'ai carrément refait les cours parce que j'ai trouvé qu'il y avait une grande richesse, tellement de choses intéressantes que je n'ai pas vu dans mes livres de fac", oublier aussi que l'outil informatique améliore le travail sur l'écrit (p. 103), développe l'autonomie, oublier que les enseignants progressent dans leur utilisation de l'outil, parfois avec l'aide des élèves. On trouve dans cette enquête des enseignants qui, malgré les difficultés, apprennent aux élèves à chercher et traiter de l'information, à manipuler des données numériques, etc... bref, qui forment des enfants au monde d'aujourd'hui et non à la société d'hier.

Et pour conclure parce qu'il est tard, je dirais qu'à la lecture de cette enquête, il apparaît indispensable de continuer ce genre d'opération de dotation généralisée, sous forme de portables, de classes mobiles ou autres salles informatiques : les enfants naviguent sur internet, copient-collent, devront travailler et lire sur l'ordinateur (auquel bien peu de métier échappent désormais). Il semble d'ailleurs que les parents et les enseignants soient satisfaits à 90% de cette opération... Alors je dis bravo à tous les conseils généraux qui prennent le risque politique d'équiper et celui encore plus grand de publier cette étude qui permettra à tout le monde d'améliorer les politiques d'équipement et de formation, bravo encore aux enseignants qui font ce qu'ils peuvent pour enseigner au mieux malgré le manque de formation et de soutien ( c'est aussi dans le rapport qualitatif), et bravo aux élèves et aux parents qui subissent certainement les contrecoups de ces hésitations. On félicitera aussi celles des académies qui ont une véritable politique de formation pédagogique aux TICE, et ceux des établissements qui soutiennent leurs enseignants dans le développement de cette nouvelle compétence.

Quant à juger de l'efficacité des ordinateurs dans les apprentissages, la journaliste du Figaro peut aussi essayer de lire des études scientifiques. C'est ce qu'a fait Vincent Mespoulet dans son réseau "Hors les murs", en prenant l'exemple de l'apprentissage de la lecture. Elle pourra également lire le récent dossier de La Croix, et en juin 2010, tous les numéros des Dossiers de l'Ingénierie éducative édités par le CNDP, le numéro des Cahiers Pédagogiques qui paraîtra en juin 2010, le blog de François Müller, ou les sites des Clionautes (et de Weblettres, et de Sésamath)

Bonne lecture !

Un bilan subjectif de ce que j'ai vu, lu et entendu à Ludovia (et aussi un peu dit, d'ailleurs)

Ludovia, c'est entre autres choses une université d'été sur la e-education et le multimedia, qui a lieu tous les ans en Ariège depuis 2004. J'y étais pour la première fois cette année, et j'ai vraiment été bluffée. Voici donc quelques impressions, quelques jours après.


Je vous passe le cadre : à Ax-les-thermes, il y a des thermes, et pas les moindres ! A visiter absolument quand les neurones restent collés d'avoir trop réfléchi.


Parce qu'à Ludovia, ça turbine ! Les acteurs du numérique en éducation se retrouvent pour échanger autour d'une thématique. Cette année, Coopération et Réseaux. Pour coopérer, ça a coopéré ! Les représentants des collectivités territoriales venus témoigner de leur politique d'équipement des établissements scolaires, comme Pierre Louis-Ghavam (la star de Ludovia 2009) qui présentait les résultats de l'enquête menée 8 ans après le début de l'expérience des Landes "un collégien, un ordinateur portable". D'autres, moins avancés dans leurs dotations, ont pu entendre le récit critique de ces expériences, mais aussi réfléchir sur les paramètres à envisager lors du déploiement d'un ENT, ou sur les moyens de développer l'utilisation de ces outils. Bien sûr, des industriels (je ne les citerai pas, tiens, à une exception) ont vanté leurs produits et leur humanisme, des éditeurs sont venus vendre leurs ressources et tendre l'oreille sur l'avenir du manuel numérique (entre autres), et des savants (si si! même un historien !) sont venus parler de mémoire et de traces. Je n'oublie pas les enseignants : nous étions quelques uns, surtout mais pas seulement historiens-géographes.

Les résultats de l'enquête des Landes ont été présentés (et largement commentés dans la presse sous des titres assez variés, qui montrent bien qu'on fait dire aux chiffres ce qu'on veut). Mais enfin malgré l'intervention très provocatrice et volontariste d'Henri Emmanuelli, on sent l'inquiétude de ces élus qui ont investi des sommes considérables dans des équipements que nous savons tous nécessaires, mais que leurs électeurs pourraient juger démesurées et non rentables. Oui je sais, l'éducation et la rentabilité... Inquiétude aussi chez ceux qui travaillent à fournir de la ressource numérique ou à développer les usages. Chacun se demande pourquoi ses efforts ne portent pas, s'il lui faudrait les faire porter ailleurs ou autrement. Faut-il mettre des ordinateurs dans les mains des élèves ou équiper les profs ? Former les profs, les IPR ou les chefs d'établissements ? A quel niveau de décision faut-il agir, où sont les verrous ? Et chez les enseignants, comment les aider à changer leurs pratiques, puisque tout le monde ici s'est accordé à dire qu'un changement est indispensable.


Ce qui est agréable dans Ludovia, c'est que l'avis de chacun compte, en dehors de toute considération hiérarchique. Le mien, c'est qu'il faut continuer à mettre des ordinateurs dans les mains des élèves et des profs : l'ordinateur est un outil, son usage demande d'autant plus de temps qu'il réclame un changement de posture de l'enseignant. Pour que les enseignants se l'approprient dans leur pratique quotidienne de classe, il faut le mettre à disposition, laisser la possibilité d'imaginer des usages, accompagner (y compris dans la classe s'il le faut !) et soutenir (autant l'IPR/IEN que le chef d'établissement). Il faut donc une coopération étroite entre la collectivité qui équipe et l'éducation nationale qui soutient et qui forme, et ce à tous les échelons. Voeu pieu ? On a senti en tous cas que cette coopération ne coulait pas toujours de source... Je crois aussi que les associations d'enseignants ont un rôle à jouer pour montrer ce que les technologies peuvent apporter à l'enseignement par rapport à un environnement traditionnel. La formation est également encore à développer, formation pour les enseignants mais également, et cela commence à être pris en compte, formation pour les encadrants, chefs d'établissement et corps d'inspection.

Quant aux verrous ... On a parlé beaucoup de verrous chez les profs, mais j'aimerais bien qu'on envisage aussi le rôle des chefs d'établissements. Dans les Landes, P.L. Ghavam soulignait la grande disparité entre les collèges, et on pourra regretter que l'enquête SOFRES n'ait pas interrogé le rôle des équipes de direction... même dans le chapitre 4 des résultats de l'enquête, pourtant dédié à l'"encouragement et l'appui dans la pratique des enseignants" (page 72).

Il y avait aussi un colloque scientifique sur le thème "Espace(s) et mémoire(s)". Les chercheurs ont donc parlé mémoire et trace. Je n'ai assisté qu'à la première conférence, donnée par Alain Mille de Lyon. Vraiment très intéressant (et grand pédagogue : c'est la première fois que je comprend quelque chose à l'intelligence artificielle) notamment dans le rôle de la trace dans l'apprentissage. Il prône la possibilité donnée à l'utilisateur (et donc à l'apprenant) de lire la trace de ses activités sur un ordinateur, mais aussi de l'éditer, la modifier, la partager. Cette distanciation lui permettrait d'apprendre de son parcours : voir comment il a réussi ce qu'il avait à faire, examiner l'histoire de ses échecs, donner à voir un processus afin d'apprendre aux autres à faire ce qu'on sait faire. Son labo, Liris, a développé des solutions logicielles pour traiter cette trace et la rendre lisible/éditable/transmissible, solutions qui sont déjà à l'oeuvre dans quelques entreprises. On pense immédiatement à ce qu'un tel outil pourrait apporter en matière de personnalisation des apprentissages dans un ENT ou dans un manuel numérique, et Maxicours ne s'y est pas trompé qui cherche déjà à l'utiliser pour ses produits.

Je veux enfin me réjouir d'avoir pu assister à quelques modes d'animations assez agréable, justement parce qu'ils permettent à tous de s'exprimer de manière horizontale. 3 barcamp (ou 4 ?), tous organisés différemment tant nous sommes peu habitués à ce concept qui consiste à mettre tous les présents en action, mais qui ont rempli tout de même leur rôle : coopérer dans la diversité pour avancer ensemble sur le sujet abordé. Le premier, organisé sur la terrasse du casino sur le sujet de la coopération entre la recherche et les entreprises, s'apparentait à un tour de table/tour d'horizon de ce qui se fait. En arrivant à la deuxième, j'ai cru qu'un bar camp consistait à camper au bar entre copains pour parler de ce qui nous rassemble. Mais très vite Gilles Braun (SD-Tice) a mis tout le monde au travail sur le développement des usages des ressources numériques, et les résultats de la discussion ouvrent certainement des horizons. espérons qu'il en fera un compte-rendu ! J'ai activement participé à la troisième, "Réseaux sociaux pour l'éducation", avec Mario Asselin et Eric Delcroix, tous deux rompus à cet exercice. Hélas, les circonstances ont été contre nous, et Mario le raconte à la perfection sur son blog. Ceci dit, ce n'était pas si mal... et merci aux twitter users qui ont participé !

Un certain nombre de choses m'ont certainement échappé, tant il y avait d'événements, de gens à rencontrer et d'idées à échanger. Vous trouverez les notes collectives sur la page twitter consacrée à Ludovia.

Il me reste à parler de ce qui est apparu comme une triste évidence à certains d'entre nous : la place des femmes à la tribune, lors des conférences, des tables-rondes. L'absence de femmes parmi les représentants des décideurs politiques ou institutionnels, hormis la SD-Tice, est choquante. Il y avait certainement suffisamment de femmes compétentes à inviter, on regrettera que cela n'ait pas été une préoccupation pour les organisateurs, qui n'accepte qu'un quart de femmes dans son comité scientifique...

samedi 8 août 2009

Facebook à l'école

Sur la page Facebook de Michèle Drechsler, un lien vers ce billet de Chris Dawson qui vante les potentialités des médias sociaux pour les écoles.

"Après tout, dit-il, fbk est très utilisé pour les affaires " ( ce n'est pas vraiment l'argument que je donnerais mais bon. J'imagine que cela signifie que fbk n'est pas qu'un jouet). Mais surtout, "Facebook est déjà utilisé par les parents, les élèves et les enseignants" et là, c'est pas faux.
Fbk est déjà dans les écoles le plus souvent sans être institutionnalisé : élèves et profs s'y rencontrent parfois même dans un projet pédagogique. Pourquoi l'institutionnaliser ? Ou pourquoi pas ? Ce sont les questions que ça me pose.

Monique Royer et Michel Lévêque me font déjà une très bonne remarque. C'est bien joli de parler de Fbk à l'école mais Fbk est bloqué par les pare-feu académiques. C'est, il me semble, une réponse à ma première question (pourquoi institutionnaliser l'usage de Fbk) et une raison supplémentaire de réfléchir à ces deux questions : doit-on (ou pas) autoriser Fbk dans les établissements (il faut argumenter pour convaincre) et doit-on (ou pas) utiliser Facebook dans le cadre scolaire.

1- Autoriser (ou pas) Facebook dans les écoles ?

Cette question m'agace déjà. Les filtres académiques sont censés protéger nos élèves de tout un tas de choses effectivement menaçantes : le porno, les pédophiles, la violence... Cet article de Savoir CDI pose les enjeux de la question des listes noires et blanches. Protéger en isolant ou protéger en éduquant ?

Il faut faire avec ce que l'on a et en ce moment, notre institution protège en filtrant. A nous de convinacre nos supérieurs qu'il faut ajouter Facebook dans les listes blanches - ou de nous convaincre qu'il vaut mieux le laisser bloqué.

  • Bloquer ?
- Facebook, c'est une entrée dans la vie privée avec des aspects qu'on ne veut pas connaître (alcool, sexe, etc... en photo et en vidéo. Beurk !) ni voir entrer dans l'école.
- Facebook est un outil de réseau, dont on a du mal à contrôler les limites. On ne peut donc contrôler ce qu'un élève à l'intérieur de l'établissement va voir, qui il va contacter sur Fbk. imaginez : ...
Non, forcément, cette peur ancestrale du gamin qui est enlevé par un horrible monsieur vicieux n'a rien à voir avec Fbk. N'empêche : c'est un argument utilisé, et il fait peur.

(je rajouterai des arguments contre quand j'en recevrai d'autres)

  • Autoriser ?

- De toutes façons ils y ont accès à la maison, et depuis leur téléphone. Bloquer, c'est une illusion.
- Fbk est un outil de communication auquel il faut éduquer. Michel Lévêque me dit fort justement :

"Autoriser, car je ne vois pas pourquoi interdire: à chaque responsable de salle de gérer l'utilisation que font les élèves de l'informatique.
Utiliser, je suis moins convaincu, sinon dans une éducation aux médias: faire notamment travailler sur les paramètres de facebook, les tensions entre vie privée et vie communautaire."
- Il y a des usages pédagogiques de Facebook ! Voir plus loin.

(je rajouterai des arguments contre quand j'en recevrai d'autres)

2- Utiliser (ou pas) Facebook à l'école ?


  • Utilisons !!!

- Faire la promotion de son école : dans ces temps de carte scolaire assouplie, il va falloir convaincre les parents que les enfants sont là mieux qu'ailleurs ! C'est une interface aussi valable et plus souple qu'un site internet, non ?

- Prolonger l'école hors l'école, faire contact avec les familles : annoncer les événements, favoriser le dialogue autour de l'école (ça éviterait peut-être de voir débouler des gens très énervés et prêts à cogner le personnel éducatif ?), faire des enquêtes, rassurer aussi bref, créer une communauté éducative, ce que le site internet classique ne parvient pas vraiment à faire (on peut y arriver avec d'autres outils : le ning par exemple)

- Fédérer les élèves autour d'un projet de classe.
J'ai découvert une page Facebook autour de la filière littéraire dans le secondaire. J'imagine que ce professeur de Français n'est pas le seul à avoir eu cette idée. Les lycéens y témoignent de leurs doutes, de leurs enthousiasmes et de leurs questionnements. Les anciens élèves témoignent de leur parcours après avoir emprunté la filière littéraire au lycée, ce qui est de nature à rassurer les actuels bacheliers littéraires et donne une image très positive de cette formation souvent jugée "improductive", et aussi à valoriser la littérature et la lecture.
Ce seul exemple me convainc.

  • Facebook pour la classe, ça va pas la tête ?
Quelques questions se posent tout de même, notamment dans les relations entre profs et élèves. Je pars de mon expérience personnelle : J'ai une page Fbk et des élèves me demandent d'être leur amie sur Fbk. Moi, je ne veux pas être l'amie de mes élèves. Mes amis, je les choisis, je n'ai pas de rapport d'autorité avec eux, je ne les éduque pas (enfin si des fois).

J'en vois déjà qui tiquent avec le rapport d'autorité mais je n'y peux rien, il existe. Je les note, déjà. Et puis dans leur tête je suis l'ordre et la loi, y'a qu'à voir comment ils cherchent la limite pour se convaincre ;-). Bref, dans la société telle qu'elle est, je suis avec eux dans un rapport d'autorité qui me pose un autre problème sur Facebook : dois-je entrer dans le style de communication que facilite Facebook, comme : regarder qui sort avec qui, qui boit, qui fume, qui était bourré à la dernière fête, dois-je renvoyer les coeurs que m'envoie Marlène ou l'apéro envoyé par Kévin ? Commenter les statuts du genre "je suis larguée je suis triiiiiste" ou "Mme Machin est une salope" ? Regarder les vidéos montrant Mickaël (j'ai changé le prénom) jouant avec son sexe (sous son caleçon) devant la caméra ? Comment réagir à Alicia qui tient des propos racistes ?

Quelles conséquences mon entrée dans la vie privée de mes élèves peut-elle avoir sur eux ? Je me souviens d'un prof qui avait entamé avec moi des relations privées (et non sexuelles, ni amoureuses). J'avais 18 ans, et ces simples conversations m'avaient bouleversées et psychologiquement abîmée.

Et puis ... ma vie privée à moi ? Qu'est-ce que je dois/peux laisser filtrer que mes élèves puissent voir ?

Bref, je m'interroge sur les postures à adopter dans cette entrée dissymétrique dans la vie privée de mes élèves.

Alors, Facebook à l'école ? Dans l'état actuel de ma réflexion je dis oui, ouvrons, utilisons, formons. Et vous ?

samedi 30 mai 2009

jeudi 21 mai 2009

Une super enquête sur l'internet du futur

Une grande enquête nationale sur le futur de l'internet a été lancée par le ministère de l’Economie, de l’industrie et de l’emploi et la direction générale de la recherche et de l’innovation du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Que du beau monde.
Ils veulent « recueillir l’avis de l’ensemble des acteurs concernés par l’Internet du futur et de préparer un plan d’actions sur le sujet. ».

Qualifiée de Geek par certains de mes amis (un(e) geek est qqun qui utilise beaucoup les technologies, passe son temps le nez sur l'écran, adore les gadgets et se tient au courant des derniers trucs du web), je me sens super concernée par l'internet du futur et j'ai une idée encore floue mais tout de même assez orientée de mon futur avec internet. J'ai donc décidé de prendre de mon temps pour répondre à l'enquête. Je commence par me présenter :

Caroline Jouneau-Sion, enseignante, présidente des Clionautes...

(tiens, pourquoi veulent-ils mon numéro de téléphone ?) puis on me dit :


« L'Internet du futur est aujourd'hui au cœur d'un effort de recherche et d'enjeux économiques internationaux considérables tant au niveau académique qu'industriel. Cet effort est à l'origine d'importantes initiatives de la part d'organismes aux Etats-Unis tels la NSF (FIND, GENI) ou le DARPA (sur les communications sans fil), en Europe, la Commission Européenne (ARCADIA, EIFFEL, EURO-NGI, EURO-NF, FIRE), ou de gouvernements (on notera en particulier les initiatives japonaises, coréennes, allemandes ou britanniques dans ce domaine) ainsi que la conférence ministérielle de la Présidence Française de l'Union sur l'Internet du Futur.

OK. Autrement dit le thème est à la mode et y'a des sous là-dedans.
Les questions ?



- A l'horizon 2015-2020, quels sont les principaux nouveaux services, usages et applications qui viendront redéfinir le fonctionnement et l'utilisation de l'Internet dans vos domaines d'activité ?

ça je peux répondre :

- Les ordinateurs véritablement intégrés dans les classes, pas en gadget mais comme outils à part entière, autant que le cahier et le crayon. Une connexion accessible partout et tout le temps.

- L'essor de la domotique : la maison gérée à distance par ordi (le frigo qui fait les courses - la chaudière qui prévient le chauffagiste qu'elle a besoin d'une révision - le jardin qui clignote quand il faut tondre le pelouse etc...)

- J'oubliais, extrêmement important mais je ne sais pas si ça peut rentrer là-dedans : la télétransportation, comme dans Star Trek. J'en ai un besoin impératif et urgent.


Quel peut-être l'impact économique de ces évolutions ?

Euuuuuuh... la télétransportation, c'est sûr, ça va pas faire plaisir à la SNCF et on peut s'attendre à quelques plans sociaux, grèves et manifestations de ce côté là... En revanche pour le reste...
Pourquoi on me demande ça à moi ? Je suis prof, pas analyste !!!

Quelles opportunités et quels risques anticipez-vous dans le cadre de vos activités ?

Je pourrai faire mon travail de prof du futur pour élèves du futur plutôt que de bricoler des trucs sans vraiment de cohérence, en fonction de la disponibilité de la salle info.

Je vois bien poindre quelques risques : Que mon travail envahisse ma sphère privée (m'enfin ça c'est déjà fait...), que ma chaudière se mette à faire mes courses...et pour la télétransportation : que j'en perde ma géographie ? Que mes copies ne soient plus corrigées ?


Avez-vous déjà lancé des programmes/des nouvelles activités pour répondre au défi représenté par ces évolutions ?



Il suffit de regarder le site des Clionautes ! http://www.clionautes.org !


Dans ce contexte, quels facteurs auront le plus d'impact dans la redéfinition de l'Internet et de son architecture ?

Ben euh... ça c'est une question... me sens toute bête là d'un coup

Quelles éventuelles nouvelles formes celle-ci peut-elle prendre ? Quels sont les verrous à lever ?

Oh là là... Je fais moins la maligne ! Je ne comprends pas la question mais je crois que je commence à comprendre le message : c'est pour ça que je suis QUE prof et pas ministre de l'éducation nationale, ou de l'économie, présidente de la République. C'est pas un truc de rigolo ça, faut savoir répondre à des questions compliquées qui concernent l'avenir de la FRANCE, réfléchir à de vraies questions hy
per pertinentes pour fabriquer un vrai internet du futur, pas juste des bornes wifi ou des lapins marrants qui te lisent tes twitts et te font des bisous.

Bon, je tente la page suivante des fois qu'on revienne à des questions de base qui conviennent à mon petit cerveau.


« Les travaux relatifs à l'Internet du Futur peuvent être structurés autour de six facettes :
1. Internet et technologies du " cœur de réseau "
2. Internet des réseaux d'accès, y compris les accès mobiles et nomades
3. Internet des réseaux spontanés
4. Internet des objets
5. Internet des contenus
6. Internet des usages et des services »


Est-ce que ces catégories sont pertinentes ? Sur laquelle faut-il insister ? Présentez les équipes et moyens que vous dédiez (ou pensez dédier à court et moyen terme) à chacun des thèmes liés à l'Internet du Futur :


Ben c'est-à dire que pour dédier des moyens, il faudrait que j'en aie. Ils pourraient mettre un lien vers une demande de subvention ?
A la page suivante on m'explique des trucs (est-ce qu'ils ont un outil de profilage ? Quand il y a un certain nombre de "???" en réponse, ils affichent un texte explicatif. Encore quelques "???" et j'aurai droit à un dessin animé qui rendra tout très clair, ou à un serious game qui me fasse découvrir de façon ludique et attractive les dessous de l'internet du futur)

« L'Internet du Futur devra permettre le fonctionnement d'applications, de services et d'usages encore plus hétérogènes qui nécessiteront des débits en augmentation constante; alors qu'historiquement, les contenus se sont souvent adaptés aux moyens de transmission, les architectures et choix technologiques qui seront faits pour l'Internet du Futur devront prendre en compte de manière native les nouveaux usages : interconnexion de la plupart des objets qui nous entourent, développement de réseaux spontanés ; développement des réseaux sociaux et de la connaissance partagée…Il est probable que le foisonnement actuel des services s'amplifie et devienne le principal moteur de l'évolution des architectures de réseaux. La recherche sur les services, les contenus et les usages deviendra alors cruciale.

[Oui là je suis totalement d'accord ! Cruciale !!!]

Ces évolutions militent pour une interaction forte entre les chercheurs, les industriels et les PME innovantes qui devront opérer les choix technologiques structurants pour les réseaux et les services du futur et les utilisateurs et les citoyens.
Dans ce contexte, il est possible, indépendamment des six thématiques proposées, d'identifier des axes de travail transversaux qui pourraient être les suivants :
- Architecture :, Sécurité, Contrôle de congestion, Temps réel, approche " clean-slate ", Qualité de service.
- Technologie : Optique, Radio, NFC, RFID, capteurs, Energie (réseau électrique intelligent), Interfaces (réalité virtuelle et augmentée, interfaces tactiles).
- Modélisation : Mathématiques des réseaux, Théorie de l'information, Codage, Traitement du Signal, Simulation.
- Métrologie : Sondes actives, Méthodes passives, Tomographie, Analyse statistique, Détection d'anomalies.
- Plates-Formes.
- Algorithmique sur réseaux: Pair-à-pair, Algorithmique distribuée, Indexation
- Gouvernance, Economie des réseaux, Usages. »

Question :

Pensez-vous souhaitable d'aborder les travaux sur l'Internet du Futur d'une manière globale/transversale et concertée entre les différents acteurs, comme cela est ébauché ci-dessus ?
Si une approche segmentée (par exemple de type réseaux/applications/services) vous paraît plus pertinente, pourriez-vous en indiquer les principales raisons ?
…

Bon déjà je me sens beaucoup moins concernée qu'au début, et je vais arrêter ce questionnaire (en plus je n'en suis pas à la moitié, j'ai répondu à 3 questions, je voudrais éviter l'humiliation du dessin animé explicatif). Tout de même je ne résiste pas à lire les questions d'après et ça me met de bonne humeur pour aller faire un peu de vélo :

De nouvelles industries ainsi que de nouveaux modèles économiques pourraient émerger : êtes-vous en mesure dès aujourd'hui d'identifier certains de ces futurs usages et services ?
Oui Non

Comment s'assurer qu'ils seront pris en compte dès la conception de l'Internet du Futur pour une meilleure adéquation entre réseaux et les applications supportées par ceux-ci ?
Ou au contraire faut-il prévoir un modèle minimaliste type " utilities " qui pourra s'adapter aux évolutions futures difficiles à modéliser ?
Oui Non


Hé hé ! J'ai bien fait de continuer : je suis hyper bien en mesure d'identifier les nouveaux modèles économiques qui pourraient émerger (ils ont vu que y'en a déjà qui émergent ?), je pense qu'ils seront pris en compte dès la conception de l'internet du futur vu que 1- l'internet du futur se construit tous les jours sur internet AVEC ces nouveaux modèles et que 2- si le gouvernement décide de nommer des gens un minimum compétents à cette mission internet du futur ils ne pourront pas faire autrement que de les prendre en compte et enfin ça veut dire quoi « un modèle minimaliste type « utilities » ? (enfin je crois que je vois mais tout de même ils ont pas plus abscon comme questionnaire ?).
Bon allez il fait beau je vais laisser tomber cette enquête. Je vais aller m'occuper de mes décideurs du futur, ceux que j'ai commencé à fabriquer et qui courent partout dans le jardin pas tondu, et ceux que je contribue à former dans mon collège Germinal de Raismes.

Il pourrait pas y avoir une brosse à cheveux automatique dans l'internet du futur ?




lundi 6 avril 2009

Twitter est-il dangereux. Meuh non eh patate !

Encore un excellent dessin de Martin Vidberg. J'adore son blog "L'actu en patates" et son blog perso rien qu'à lui-même, Everland



Alors merci Martin de me faire rire tous les jours !
En plus elles sont mimi ses patates...

jeudi 19 mars 2009

Follow or not follow ?

C'est une question bateau mais je la reprends à mon compte et pour un cas particulier, mais non rare.

Lorsqu'on a un compte twitter non personnel, celui (dans mon cas) d'une association, mais ça pourrait être une entreprise, un musée, une bibliothèque, faut-il suivre des gens, ou se contenter d'avoir des followers ?

Il faut d'abord réfléchir aux objectifs de ce compte twitter. Les miens :
1- informer les followers des nouveautés de l'asso.
2- créer un réseau de sympathisants et rassembler l'info
3- évacuer tous les tweets perso, sympas mais qui brouillent les infos qu'on veut faire passer.
4- écouter ce que les followers ont a dire

Pour le moment :
- j'ai ce compte twitter pour l'asso et un compte perso. C'est de ce compte que je m'abonne à tous les gens qui suivent le compte asso.
- Je retwitte tous leurs tweets intéressants dans le cadre de l'asso.
Du coup je réponds à mon 1, à mon 3 mais pas au 2 et difficilement au 4.

Mais est-ce la bonne solution ? Comment faites-vous ?

Réponse reçues par Twitter :
de @pumpkinograph : Idée: auto-post (tw search + twitrss) de tous les @ nom_asso ou # nom_asso, le compte devient une liste de diffusion!